La situation des Afro descendants et des Afro américains aux USA préoccupe les experts du Groupe de travail des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine

Au cours du sommet Africités, Johannesburg 2015, la session «Associations des immigrés /Afro descendants», a enregistré la participation de Mireille Fanon Mendès, France, experte-Présidente du Groupe de travail des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine.

Ce groupe de travail a effectué une visite aux USA en janvier et il  en ressort que malgré les efforts positifs du gouvernement américain, les Afro descendants et les Afro américains sont toujours confrontés à d’importantes  formes de racisme, de discrimination raciale,  de xénophobie, d’Afrophobie et d’intolérance. 

 

 

 

Les experts du Groupe de travail des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine ont effectué une visite de 10 jours aux Etats-Unis (19 au 29 janvier 2016), sur invitation du gouvernement américain. Cette visite qui fait suite à la précédente menée en  2010 avait pour but d’évaluer la situation des Afro-Américains et des Afro descendants aux Etats Unis. Cinq villes ont ainsi été visitées par la délégation : Washington D.C, Baltimore, Jackson (Mississipi), Chicago et New York.

Dans sa déclaration préliminaire à la presse, le Groupe de travail se réjouit d’avoir pu rencontrer les autorités locales de ces  cinq villes.  Il a pu également rencontrer une centaine d’organisations représentatives de la société civile, des avocats et des personnes de la communauté afro-américaine, qui ont fait part de leurs préoccupations et recommandations au Groupe de travail.

 

Durant leur séjour, les experts n’ont pas obtenu l’autorisation de visiter la prison de «Mississippi State Penitentiary Parchman» (seule prison à appliquer la peine de mort dans l’Etat du Mississipi) et n’ont pas pu rencontrer tous les hauts responsables de l’Etat et toutes les autorités locales souhaités.  Toutefois, ils sont parvenus à recueillir les informations sur les formes de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie, d’Afrophobie et d’intolérance auxquelles sont confrontés les Afro-Américains et les Afro descendants dans le pays. Les membres du groupe de travail indiquent avoir «étudié les mesures officielles et les mécanismes pris pour prévenir la discrimination raciale structurelle et protéger les victimes de crimes de racisme et la haine ainsi que les réponses à de multiples formes de discrimination».

 

Parmi les mesures récentes prises par le gouvernement américain pour réformer le système de justice pénale et lutter contre la discrimination et les inégalités raciales, le Groupe de travail  apprécie :

– La Loi sur la juste condamnation ;

– Le rapport et les recommandations du Groupe de travail sur le maintien de l’ordre du 21e siècle pour renforcer les relations entre les communautés et la police à travers le pays ;

– La nouvelle orientation pour les agences de la loi fédérale sur l’exécution concernant l’utilisation de la race, l’origine ethnique, le sexe, la religion, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ;

 

-L’adoption par le gouvernement d’un décret pour réduire le recours à l’isolement au niveau fédéral en interdisant l’isolement des mineurs, en destinant les détenus souffrant de maladie mentale grave à d’autres formes de logement ;

 

– Les initiatives de la Maison Blanche tels que : le gardien de mon frère et l’excellence dans le domaine de l’éducation pour les Afro-Américains, qui visent à combler les différences d’opportunités et d’améliorer les résultats scolaires des Afro-Américains.

Le Groupe de travail des Nations Unies sur les Afro Descendants se félicite de l’abolition de la peine de mort dans trois Etats supplémentaires depuis sa dernière visite en 2010. «Cette forme de châtiment inhumain est disproportionnée utilisée contre les Afro-Américains», précise la déclaration.

Les experts  apprécient l’adoption de la Loi sur les soins de santé qui a permis à 2,3 millions d’adultes afro-américains d’acquérir l’assurance maladie.

 

A New York, ils se félicitent des mesures qui interdisent aux employeurs de poser des questions sur les antécédents criminels jusqu’à ce qu’il ait engagé l’employé et qui rendent possible la délivrance de cartes d’identité municipales pour les immigrés sans-papiers.

À Chicago, le groupe se félicite des mesures prises pour lutter contre la crise des saisies immobilières qui a surtout touché les Afro-Américains et salut  les mesures prises par le maire pour favoriser la responsabilisation de la police suite au cas Laquan McDonald ( jeune afro-américain de 17 ans, tué de 16 balles par un policier blanc en  octobre 2014 à Chicago. La vidéo du meurtre fut diffusée en octobre 2015 et avait soulevé une vague de protestation aux USA).

 

Préoccupations 

Les efforts notés par le Groupe de travail n’empêchent pas qu’il reste préoccupé par la situation des Afro-Américains et des droits humains dans le pays.

«L’histoire coloniale, l’héritage de l’esclavage, la subordination raciale et de ségrégation, le terrorisme raciale, et l’inégalité raciale aux Etats-Unis reste un sérieux défi car il n’y a eu aucun engagement réel à des réparations et, à la vérité et la réconciliation pour les personnes d’ascendance africaine», souligne la déclaration des experts.

 

Au cours de cette visite, les experts ont entendu des témoignages d’Afro-Américains qui déclarent que sur la base de leur expérience «les personnes d’ascendance africaine sont traitées par l’État comme un groupe criminel dangereux et font face à une présomption de culpabilité plutôt que d’innocence».

 

Les experts rappels que les groupes terroristes de la suprématie blanche sont toujours actifs aux États-Unis visant la communauté noire «comme on l’a vu avec l’attaque de l’église à Charleston en 2015. Le drapeau confédéré est considéré comme un symbole de la haine pour de nombreux Afro-Américains et ils ont mené des campagnes pour le faire enlever, mais il est encore utilisé par certaines autorités locales».

 

Le Groupe de travail se dit préoccupé par les niveaux alarmants de brutalités policières et d’usage excessif de la force meurtrière par les forces de l’ordre commis en toute impunité. «Des sources non officielles, comme le Washington Post et The Guardian, ont identifié entre 38 et 75 cas d’Afro-Américains non armés tués par la police en 2015», renseigne le document.

Les autres principales préoccupations du Groupe de travail s’articulent autour :

  • -du maintien de la peine de mort dans 31 États et au niveau fédéral (les Afro-Américains représentent 41,7%  de la population mis à mort et des 28 détenus exécutés en 2015, 10 étaient des Afro-Américains),
  • -de l’insuffisance des conditions de détention et d’accès aux soins de santé de qualité, y compris pour la santé mentale, de la criminalisation de la pauvreté qui affecte de manière disproportionnée les Afro-Américains,
  • -de la poursuite des enfants mineurs comme des adultes (les enfants sont détenus dans des prisons et les prisons les exposent au risque d’agression et d’abus sexuels d’adultes),
  • -du taux de chômage chez les jeunes Afro-Américains sans diplôme d’études secondaires,
  • -du fait que les personnes d’ascendance africaine continuent d’être sous-représentées dans les postes de travail de haut niveau. En 2013, ils ne représentaient que 7% des employeurs de haut niveau.

 

Après avoir entendu, les témoignages des communautés afro-américains dans différentes parties du pays, le Groupe de travail est préoccupé par le fait que la mise en œuvre des lois sur les droits civils ne pourra pas  être suffisamment efficace pour surmonter et transformer la discrimination raciale structurelle contre les Afro-Américains. Il réitère donc les recommandations (35) formulées lors de sa visite de 2010, dans le but d’aider les États-Unis d’Amérique dans ses efforts pour lutter contre toutes les formes de racisme, discrimination raciale, Afrophobie, xénophobie et intolérance.

 

Il s’agit entres autres de : 

 

– La mise en place d’une commission nationale des droits de l’homme, conformément aux Principes de Paris. Le gouvernement devrait mettre en place au sein de ce corps une division spécifique pour surveiller les droits de l’homme des Afro-Américains.

– La demande instante au gouvernement des États-Unis de considérer la ratification des principaux instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme auxquels les États-Unis ne font toujours pas partie, en vue d’éliminer toutes les lacunes dans la protection et la pleine jouissance des droits qui y sont. Elle encourage également les États-Unis à ratifier les traités régionaux des droits de l’homme ainsi que l’examen des réserves liées aux traités qu’il a signés ou ratifiés.

– Il y a un profond besoin de reconnaître que la traite transatlantique des esclaves était un crime contre l’humanité et parmi les principales sources et manifestations du racisme, de la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance et que les Africains et les personnes d’ascendance africaine ont été victimes de ces actes et continuent d’être victimes de leurs conséquences. Les injustices du passé et les crimes contre les Afro-Américains doivent être abordés avec la justice réparatrice.

 

– Les monuments et les marqueurs doivent être érigés pour faciliter ce dialogue public important. L’éducation doit être accompagnée par des actes de réconciliation, qui sont nécessaires pour surmonter les actes de bigoterie et legs de l’injustice raciale. Pour accélérer le processus de déségrégation, la législation fédérale et l’Etat devrait adopter la reconnaissance de l’expérience de l’esclavage.

 

 

Les recommandations complètes et la déclaration préliminaire du groupe de travail  sont disponibles en Anglais ici

 

A noter qu’à la suite de cette déclaration préliminaire, les conclusions et recommandations seront présentées dans le rapport de mission du Groupe de travail au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies d’ici Septembre 2016.