Archive d’étiquettes pour : UCLG Africa

Appel à manifestation d’intérêt: « Campagne# Villes Africaines, à zéro tolérance face aux violences faites aux femmes et aux filles »

I.  Cadre de la Campagne

Le document est disponible en PDF

La « Campagne# Villes  Africaines, à zéro tolérance face aux violences faites aux femmes et aux filles », organisée sous le slogan « Villes et territoires d’Afrique, à vous d’agir contre les violences faites aux femmes et aux filles », est une initiative du Réseau des femmes Elues Locales d’Afrique, le REFELA, la commission permanente de l’Egalité des genres de Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLU Afrique), qui est l’organisation panafricaine, ayant un statut diplomatique et dont le siège est à Rabat, au Royaume du Maroc.

Le REFELA été lancé à Tanger au Maroc en 2011. Il est dirigé par un bureau exécutif de quinze membres représentatifs des cinq régions d’Afrique. La présidence de REFELA est assurée par la ville de Bangangté au Cameroun, représentée par son Maire, Mme Célestine Ketcha-Courtes, ceci jusqu’en Novembre 2021.

Le REFELA prend part à la lutte contre toutes formes de violences fondées sur le genre que subissent les femmes et les filles africaines, avec notamment le soutien de CGLU Afrique et d’autres partenaires, tel que le Ministère de la solidarité, de la famille, de l’égalité et du développement social. Ce combat est l’une des priorités qui s’impose aux cités et gouvernements locaux et régionaux unis de l’Afrique et du monde.

A cet effet, dans son plan d’action triennal 2019-2021, Le REFELA propose le lancement de trois campagnes :

  • La campagne des villes africaines à zéro tolérance face aux violences faites aux femmes.
  • La campagne des villes africaines sans enfants de la rue.
  • La campagne des villes africaines favorables à l’autonomisation économique des femmes.

Le présent appel à manifestation d’intérêt s’adresse aux leaders et conseils des villes et collectivités territoriales d’Afrique volontaires pour adhérer à la « Campagne# Villes Africaines à zéro tolérance, face aux violences faites aux femmes et aux filles », ainsi qu’à leurs associations représentatives.

II. Intérêt de la Campagne#

Comme le démontre le Premier rapport analytique sur la situation des violences faites aux femmes et aux filles et des avancées réalisées au niveau du Contient de l’Afrique’’, élaboré par l’équipe du REFELA et diffusé lors d’Africités 8, (novembre 2018), la montée de ce phénomène menace sérieusement la bonne gouvernance des villes et territoires locaux d’Afrique. En effet l’engagement dans la lutte contre les violences faites aux femmes permettrait de revoir les villes Africaines autrement, elle permettrait également de faire une transition égalitaire et juste des villes et collectivités territoriales, bénéfique pour l’image et conforme aux Agendas africains et internationaux, spécifique à la promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes et des filles (l’ODD5), d’ici 2030.

Ce phénomène qui persiste est en totale contradiction avec les valeurs de respect, d’équité et de justice qui représentent le fondement même des sociétés africaines. Il met en difficulté la réalisation pour les villes africaines des 17 Objectifs de Développement Durable et plus spécifiquement l’ODD5 : Parvenir à l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et filles, d’ici 2030.

A ce propos, les membres du REFELA proposent la « Campagne@ Villes Africaines à zéro tolérance face aux violences faites aux femmes et aux filles » afin que l’éradication de ce fléau d’ici 2030 figure en bonne place parmi les priorités des politiques et stratégies de développement des villes et collectivités territoriales d’Afrique.

Cette campagne appelle la libre adhésion des villes et collectivités volontaires pour y participer. Les membres du REFELA sont convaincus que la plupart des responsables des villes et collectivités d’Afrique y participeront, car c’est aussi et probablement en premier lieu à leur capacité à s’attaquer sérieusement à ce phénomène que les responsables de la gouvernance des villes et territoires seront jugés dans leur volonté de développer des villes et collectivités plus justes, égalitaires, inclusifs et durables, suivant les prescriptions de l’ODD5, des Nations Unies.

Le refus des injustices et discriminations faites aux femmes doit être à la base d’un élan de solidarité de la part de toutes les femmes maires et élues locales rassemblées au sein de REFELA, mais aussi tous les élus locaux, et intégrer toutes les composantes de la société, y compris les organisations de la société civile, le milieu de l’entreprise, les autorités traditionnelles et religieuses, mais aussi les partenaires de coopération interétatique ou décentralisée engagés en Afrique. C’est la raison pour laquelle la « Campagne @ Villes Africaines à zéro tolérance face aux violences faites aux femmes et aux filles » se prononce comme étant une campagne internationale et mondiale.

III. Adhésion à la Campagne#

La présentation de la « Campagne Villes Africaines à zéro tolérance, face aux violences faites aux femmes et aux filles » a eu lieu dans le cadre de la 8ème édition du Sommet Africités qui a été organisée du 20 au 24 novembre 2018, à Marrakech au Maroc. Les villes et collectivités territoriales et leurs associations nationales qui sont intéressées pour adhérer à « Campagne Villes Africaines à zéro tolérance face aux violences faites aux femmes et aux filles », doivent renvoyer le formulaire d’adhésion ci-après, rempli et signé, au secrétariat de CGLU Afrique au plus tard le 30 avril 2019. Les adhérents signataires des protocoles d’entente, deviendront les Membres actifs de la « Campagne Villes Africaines à zéro tolérance face aux violences faites aux femmes et aux filles »

 

 

 

 

 

Coordonnées de CGLU

Afrique

Adresse 22 Rue Essaadyine, Hassan, Rabat 10000,

Royaume du Maroc

Téléphone +212 537 26 00 62

+212 537 26 00 63

Fax +212 537 26 00 60
E-mail secretariat@uclga.org/info@uclga.org

 

mghefrane@uclga.org

 

Site web www.uclga.org

 

(Formulaire ci-joint)

 

Sommet Africités 8 : Synthèse des sessions et recommandations

Le thème général retenu pour le Sommet est « la transition vers des villes et des territoires durables, le rôle des collectivités territoriales africaines ». Ce thème réconcilie la nécessité d’apporter des réponses concrètes aux demandes des populations pour l’amélioration de leurs conditions et cadre de vie, avec l’exigence de s’adapter à un environnement marqué par les changements climatiques et le divorce de plus en plus prononcé entre les modèles de croissance expansifs et l’impossibilité de continuer à emprunter sur les ressources naturelles au rythme qu’ils imposent, sous peine de remettre en cause la vie des générations futures. L’Afrique va devenir le premier foyer humain du monde dans un peu moins de deux générations. Elle peut et elle doit emprunter le chemin du développement durable dès maintenant, notamment dans ses villes et dans ses territoires, parce qu’elle est la région du monde la moins enchâssée dans l’économie mondialisée, et donc la plus susceptible de bifurquer vers une économie plus sobre par rapport aux emprunts et aux rejets dans l’environnement naturel, plus juste et plus inclusive socialement.

Lire la suite ici. 

Journée Climat Africités 8 : Demandez le programme !

Les villes et territoires membres de CGLU Afrique engagées dans la Lutte contre le changement climatique

Les villes et territoires d’Afrique sont responsables d’une part significative des émissions des GES du continent (environ 70% en Afrique Sub-saharienne) et elles accueillent des millions d’habitants dans des zones parfois très exposées aux effets du changement climatique. Elles concentrent également l’essentiel de l’activité économique en Afrique et l’essentiel des investissements (infrastructures, entreprises, bâtiments, équipement, etc …). Ces réalités renforcent l’importance des territoires et villes d’Afrique dans la mise en œuvre des politiques de lutte contre le changement climatique.

Conformément à la décision 1/CP.21 de l’Accord de Paris et aux dispositions du « Partenariat de Marrakech pour l’action mondiale en faveur du climat », et pour répondre aux défis du changement climatique, il est important de structurer le cadre d’intégration des efforts de l’ensemble des acteurs non étatiques autour des collectivités territoriales en vue d’asseoir la    cohérence nécessaire  entre les différents niveaux de décisions dont le maillon territorial reste la pierre angulaire.

CGLU Afrique entend faire de la 8ème édition du Sommet Africités un moment politique fort au service de la réalisation d’une ambition commune des villes et des territoires d’Afrique en réponse aux enjeux majeurs du changement climatique et de la transition vers un développement durable.

A travers cet objectif général, il s’agit spécialement de renforcer les actions des villes et des territoires en soutien aux Etats dans le cadre de la mise en œuvre par ces derniers de leurs Contributions Prévues Déterminées au niveau National (CPDN) ou de leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN).

Ce moment doit déboucher sur l’adoption d’une déclaration commune concernant l’engagement d’un partenariat élargi entre les gouvernements nationaux et les gouvernements locaux et régionaux d’Afrique pour la mise en œuvre des CDNs.

Buts et objectifs de la journée Climat d’Africités

La journée Climat d’Africités se tient à cinq ans de l’échéance 2023 du relèvement  des ambitions des Contributions Déterminées au niveau National (CDN).Elle vise à réunir l’ensemble des acteurs mobilisés pour la lutte contre le réchauffement climatique et les effets du changement climatique. Pour sa première édition, la Journée Climat d’Africités va concentrer ses réflexions sur la création d’un agenda de l’action des villes et territoires d’Afrique en vue de la réalisation des CDNs des pays d’Afrique sur les sept volets clés de l’accord de Paris, à savoir :

  1. L’adaptation ;
  2. L’atténuation ;
  3. La coopération Triangulaire et Sud/Sud ;
  4. La Territorialisation des CDNs ;
  5. Le Financement ;
  6. Le Renforcement de capacité ;
  7. Le cadre de transparence.

 

Le Climate Day d’Africités se donne 5 objectifs stratégiques et opérationnels :

  1. Recenser les bonnes pratiques ;
  2. Définir les priorités et les objectifs à atteindre à l’horizon 2023, date de démarrage de la période contraignante de l’Accord de Paris ;
  3. Elaborer l’agenda de l’action 2030 des villes et des territoires d’Afrique pour le climat ;
  4. Evaluer les moyens d’actions techniques et financiers nécessaires ;
  5. Adopter la Déclaration d’Africités « Climate Day » qui sera présentée à la COP 24 en POLOGNE en Décembre prochain. Cette Déclaration visera à faire reconnaitre par la CCNUCC la place centrale des villes et territoires d’Afrique dans la résilience aux changements climatiques et la nécessité que ces derniers, d’une part, bénéficient d’une plus grande attention et implication dans la mise en œuvre des CDNs, et qu’ils soient représentés au sein des instances internationales pour le climat d’ autre part.

Le programme de la journée est disponible ici :PROGRAMME-CLIMAT-DAY(13112018)(FR) 

L’avenir de la jeunesse africaine : L’Afrique que nous voulons d’ici 2030

Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique, en collaboration avec l’ONU-Habitat, l’ONUDC et l’UNESCO, organiseront le premier Forum des Jeunes au 8ème Sommet Africités qui se tiendra du 20 au 24 novembre 2018 à Marrakech, Maroc, sous le thème : «La transition vers des villes et territoires durables: le rôle des collectivités territoriales d’Afrique».  La conférence de presse conjointe d’annonce du forum est prévue ce 02 octobre 2018 au siège des Nations Unies à New York en marge de la 73e session ordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Le sommet Africités est l’événement phare de l’organisation panafricaine Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLU-Afrique) et se tient tous les trois ans dans l’une des cinq régions d’Afrique.

Le Sommet Africités 2018 est organisé par CGLU Afrique sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en collaboration avec l’Association Marocaine des Présidents de Conseils Communaux (AMPCC), l’Association des Régions du Maroc et la Ville de Marrakech, et avec l’appui du Royaume du Maroc. Environ 5 000 participants sont attendus à l’événement, représentant tous les acteurs de la vie locale africaine ainsi que leurs partenaires d’autres régions du monde, y compris: les ministres africains de la fonction publique, du développement urbain et du logement, de la décentralisation et des collectivités locales; les dirigeants africains des collectivités locales et infranationales; les représentants des cadres des administrations locale, nationale et infranationale; les représentants du secteur privé; les organisations de la société civile; les autorités traditionnelles et morales africaines; les chercheurs et universitaires; les partenaires au développement et les agences de coopération internationale, entre autres.

Reconnaissant le fait  que près de 70% de la population africaine a actuellement moins de 35 ans, CGLUAfrique a fait de la jeunesse une priorité pour le développement de l’Afrique locale. Pour s’assurer que la voix des jeunes soit entendue, CGLU Afrique s’est associé à l’ONU-Habitat, l’ONUDC et l’UNESCO pour organiser des programmes de développement et de leadership des jeunes.

Pour célébrer ses 20 ans,  le Sommet Africités a donc déployé des efforts en vue de créer et d’inaugurer le Forum des Jeunes au cours de cette édition de 2018, afin d’amener les jeunes de tout le continent et de la diaspora à travailler en réseau, à partager leurs points de vue et à proposer des solutions novatrices qui créeront l’Afrique que nous voulons. Le Forum des Jeunes comporte un concours ouvert aux jeunes africains visant à récolter le maximum possible de nouvelles idées pour accélérer la transition vers des villes et territoires durables en Afrique, en ciblant l’Agenda 2030 des Nations Unies et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine pour la réalisation de «L’Afrique que nous voulons» et les cinq grandes priorités «High Five» proposées par la Banque Africaine de Développement pour accélérer sa mise en œuvre.

Le concours sélectionnera 20 jeunes africains qui seront invités à participer à des ateliers d’idéation et à un laboratoire de créativité composé d’un Cartoon Camp Challenge et d’un concours de Réalité Virtuelle, autour du thème «Imaginez un avenir durable pour l’Afrique et ses villes et territoires, en 2030 et 2063».

Avec l’appui des partenaires, l’ONU-Habitat, l’ONUDC et l’UNESCO ; les jeunes seront également invités de tout le continent et de la diaspora à participer aux ateliers, aux forums de discussion et aux side events qui explorent les cinq domaines :

  • L’autonomisation économique et sociale
  • L’éducation et le renforcement des capacités
  • La bonne gouvernance, l’intégrité et la lutte contre la corruption
  • L’entrepreneuriat, l’emploi et la création d’emplois
  • La prévention de la criminalité urbaine et les villes plus sûres (en abordant la santé et le bien-être des populations de jeunes dans les villes et les espaces urbains)

A la fin du Sommet, nous aurons une stratégie de développement de la jeunesse et un ensemble de propositions de projets visant à répondre aux besoins des jeunes qui ont été identifiés pour eux et par eux.

Vidéo de présentation du Laboratoire Créatif Africités.

 

CONTACT MEDIA

 Pour plus d’information, veuillez contacter :

Em Ekong: Tel: + 44 7801 701 675

Email: eekong@uclga.org ou ekong.em@gmail.com

Complétez notre enquête sur les Services Publics locaux et la qualité de la prestation de service au niveau des Communes en Afrique

CGLU Afrique, son Académie Africaine des Gouvernements Locaux (ALGA) et son Observatoire des Ressources Humaines des Gouvernements Locaux en Afrique, lancent l’enquête sur les services publics locaux et la qualité de la prestation des services dans les villes africaines. L’objectif de cette enquête est d’évaluer la qualité dans la prestation des services au niveau des communes en Afrique à travers la perception des citoyens et des usagers sur la période allant de Janvier à Août 2018. Le résultat sera incorporé dans le premier rapport sur l’état de la GRH au niveau des collectivités locales et régionales africaines, qui sera présenté au Sommet Africités 8 à Marrakech du 20 au 24 novembre 2018. 

Au cours de la période de Janvier à Août 2018, vous avez eu recours à votre commune pour demander un ou plusieurs services ou prestation de service. Nous souhaiterions connaître votre avis, votre perception et votre appréciation de la qualité du ou des services à travers votre propre évaluation des rubriques suivantes :

Lire plus

Profil-Diabate Mamou Bamba : Celle qui prône la transparence en mettant en œuvre le budget participatif

La corruption est un phénomène qui touche les différentes échelles de gouvernance :  internationale, nationale, régionale et locale. La lutte contre ce phénomène nécessite l’implication des différents types d’acteurs, au premier rang desquels les dirigeants des collectivités territoriales.

Au Mali, l’année 2018 a vu le lancement de la première édition du concours de transparence du Programme  Gouvernance Locale Redevable (PGLR).  Trois communes ont été primées courant avril 2018.  Il s’agit de la Commune de Ouenkoro 1e (région de Mopti) dont le maire est Cheick Harouna Sanakre, la commune de Dialassagou 2e (région de Mopti), avec comme maire Harouna Guindo et enfin la Commune de Pelengana 3e (Région de Ségou), dirigée par Madame Diabaté Mamou Bamba.

Sur les 90 communes ayant postulées, Pelangana fut la seule ayant à sa tête une femme.  Réélue maire en 2016 pour un second mandat,  Mme Diabaté Mamou Bamba a pris l’habitude de procéder à une gestion participative au sein de sa commune.  Le concours de transparence du PGLR a servi de vitrine à l’édile pour recevoir la reconnaissance de ses pairs.

Ce n’est pas pour autant que vous verrez madame le maire se tresser les lauriers. Réservée et attentives aux présentations lorsqu’elle prend part aux évènements, Mme Diabaté laisse ses actes parler pour elle. Lors de la réunion stratégique régionale de CGLU Afrique pour le région Afrique de l’ouest tenue du 29 au 30 mai 2018 à Accra (Ghana), c’est le directeur exécutif de l’Association des Municipalités du Mali (AMM), M. Youssouf DIAKITE, qui a partagé la bonne nouvelle de son sacre avec l’assistance.

Le président de l’AMM, M. Babacar Ba est tout aussi fier de sa collègue lorsqu’il nous lance avec assurance : « Elle vous partagera son expérience avec brio ».

Elle ne le fera pas mentir. A notre micro, nous avons affaire à une dame qui maitrise son sujet. Foulard noué à l’avant, Madame le maire donne les détails de la mise en œuvre du Programme d’Appui à la Décentralisation et à la Réforme de l’Etat (PADRE), dans sa collectivité.

«Ce programme comporte six axes. Il faut élaborer un plan d’action de mobilisation des ressources de la communauté. Ce plan est fait en impliquant les différents acteurs de la commune : membre de la société civile, les chefs de villages, les femmes, les services des impôts, les services du trésor, les jeunes », explique –t-elle.

Le deuxième axe consiste à procéder au recensement de la matière imposable avec les mêmes acteurs. Ledit recensement s’effectue à l’aide d’un logiciel, puis vient la distribution des avertissements individuels à la population. Tout ce beau monde se donne ensuite rendez-vous lors de la journée citoyenne.  « Au cours de cette journée, tout le monde est obligé de venir payer. Les personnes influentes à savoir, les maires, les préfets viennent payer devant les autres habitants du village. Ils montrent ainsi le bon exemple et la population prend cela au sérieux ».

La commune rurale de Pelengana, située dans la région de Ségou compte près de 56 269 habitants (2009). Chaque trimestre la revue des taxes est faite, cette revue représente l’axe 5 du programme est faite. Cette action s’opère chaque trimestre et consiste à convoquer les différents acteurs et dresser l’état des lieux de la collecte des taxes.  C’est l’occasion de demander « aux chefs de villages les difficultés qu’ils rencontrent pour le paiement des taxes.  Lorsque le chef de village expose ses difficultés, ensemble on voit ce qu’on peut faire et on donne une solution », dit-elle.

Le point culminant du processus est la restitution publique qui se fait lors du troisième trimestre. En présence des populations mais aussi des institutions.  «Au 3ème trimestre d’une année n, on fait la restitution publique de l’année n-1. On présente les taxes recouvrées et ce que la collectivité a pu faire avec ces taxes. On y convie à nouveau les autorités, quelques ambassades telle que celle des Pays Bas et de l’Allemagne que nous avions invitée en 2016.  Nous avions aussi convié l’AMM et les collègues maires », se souvient la titulaire du diplôme de technicienne supérieure des Eaux et Forêts depuis 1984 .

Une vraie leader

Pour être primé au concours de transparence, la commune a montrée en détails l’usage qui est fait de l’argent des citoyens.  Le jury a effectué une descente sur le terrain, non pas pour évaluer le travail d’une année, mais «la gestion des trois années précédentes ». C’est dire qu’il fallait être fin prêt pour se distinguer parmi les 90 communes sur les 180 qui font partie du programme.

« Les membres du jury ont constaté que la commune faisait de la restitution publique. Il y avait des procès-verbaux de réunions, des procès-verbaux de restitutions publique. Lors de l’élaboration du budget on faisait participer la population.  Ils ont vu que rien n’était fait dans la commune sans la population.  Ils ont vu une implication des différents acteurs, élus, chef de village et population dans la vie de la collectivité », assure Madame Diabaté.

Selon elle, le premier prix a échappé à sa commune car «le taux de mobilisation des ressources n’a pas atteint 90% ».

Par ailleurs, elle se réjouit d’être un produit du Réseau des Femmes Elues Locales d’Afrique (REFELA) en ce qui concerne la formation en budget participatif.  Formation qui a été à la base de l’instauration d’une gestion inclusive de sa mairie. « J’ai pu faire la formation sur le budget participatif avec le REFELA en Tunisie en 2013.  J’ai mis cela en application dans ma commune. Ça été un facteur important et déterminant dans la distinction de ma commune », reconnait-elle.

Le REFELA qui est la commission genre de CGLU Afrique peut compter sur sa représentante au Mali pour partager son expertise. En effet, l’élue locale est dans une vision large avec en ligne de mire la devise « former pour former ». Sur le terrain, elle est déjà à pied d’œuvre pour faire d’autres communes des vitrines de développement économique comme la sienne.

« Je lance un appel à mes collègues maires, de toujours aller vers la mise en place du budget participatif, parce que la confiance ne vient pas tant qu’il n’y a pas de critères de confiance. Comment on peut prendre l’argent des contribuables et puis on ne leur montre pas comment leur argent a été dépensé ? » s’interroge-t-elle. Avant de poursuivre : « Il faut partager l’information. C’est ce qui manque en Afrique.  Je lance un appel aux femmes maires de partager leur expérience. Au Mali, j’accompagne les femmes maires à la restitution publique. J’ai été dans la commune de Gadougou 2 dans le cercle de Kita, c’était la première fois depuis la décentralisation qu’il y avait eu une restitution.  La population pensait que l’argent collecté dans la commune allait directement au cercle à Kidal. Ils ont vu après cette la restitution publique que c’est avec leur argent qu’on paie le personnel, c’est avec leur argent qu’on paie 10% que les partenaires demandent pour les investissements. Cette année j’ai posé la question au maire, elle a dit qu’on premier trimestre elle est déjà à 50% de mobilisation des ressources ».

Biographie

Mme Diabate  est  décrite comme «une femme battante avec une grande expérience qui lutte inlassablement pour l’émancipation et l’autonomisation des femmes du Mali », par le site d’information Mali Web en 2016. Elle a été désignée personnalité de l’année en 2013 par la presse locale. Elle a eu a occupé des postes tel que Secrétaire à la formation du bureau de l’Association des municipalités du Mali ; présidente de la Commission technique paritaire de Lux Développement dans la région de Ségou ; Représentante du Réseau des Femmes Elues Locales du Mali et du Réseau des Femmes Elues Locales d’Afrique de l’ouest (REFELA).

Le budget participatif est un outil puissant dans la lutte contre la corruption au niveau local, car les citoyens et les élus sont au centre du processus. Dans l’optique de pérenniser la formation des leaders des collectivités territoriales, CGLU Afrique a décidé de structurer le volet renforcement des capacités des élus locaux à travers l’opérationnalisation depuis 2016 de l’Académie Africaine des Collectivités Territoriales (ALGA). Le collège du budget participatif est une des offres de formation de l’académie.  Une première session de formation a eu lieu  à Ouagadougou au Burkina Faso du 27 février au 1 mars 2018 .

A noter qu’au Mali, le Programme Gouvernance Locale Redevable (PGLR)  lancée en 2015 pour une période de 6 ans est financé à hauteur de 16.77 millions de dollars par l’ambassade du Royaume des Pays-Bas. L’objectif global du programme est la contribution au développement des services sociaux de base par l’amélioration de la gestion des affaires publiques locales, à travers la mise en marche d’un mouvement pérenne (une culture) de Jeunes citoyens et citoyennes actifs et engagés dans la gouvernance ; par le relèvement du niveau de redevabilité des autorités locales et des Organismes de gestion des services publics dans la gestion des fonds et des services publics.

 

Note conceptuelle-Africités 8: “La transition vers des villes et des territoires durables : le rôle des collectivités territoriales d’Afrique”

 

 

 

 

 

 

Disponible en PDF ici. 

 

1.La huitième édition du Sommet Africités qui se tient à Marrakech du 20 au 24 novembre 2018 a pour thème central : La transition vers des villes et des territoires durables : le rôle des collectivités territoriales d’Afrique.

2.La présente note conceptuelle définit l’orientation générale et la cohérence des activités du Sommet. Elle sert de référence pour la préparation des sessions du Sommet, et énonce les hypothèses de travail à partir desquels il convient de définir les interrogations et les perspectives du thème général, celui de la transition vers des villes et des territoires durables. Elle permet de préparer les propositions et les recommandations qui seront discutées et adoptées par les ministres, les maires et leaders des gouvernements locaux et régionaux ; et considérées par les partenaires de coopération des pays africains.

3. Les Sommets Africités sont l’espace d’élaboration de propositions et de formation des élus locaux africains. Cet espace est ouvert à tous les acteurs qui souhaitent, en alliance avec les collectivités locales africaines, construire des politiques alternatives. Depuis 1998, les Sommets Africités permettent aux participants de comprendre et d’agir sur les questions de mondialisation et d’urbanisation qui pèsent sur l’évolution de l’Afrique et des Africains, à l’échelle des collectivités locales, des Etats et des institutions africaines. On trouvera dans le tableau joint les thèmes des sept Africités précédents.

4. Le Sommet Africités 8 interrogera le futur des villes et des territoires d’Afrique, ainsi que celui des gouvernements locaux et régionaux qui ont la responsabilité de les administrer et de les gérer. Il partira du contexte et de la situation de l’Afrique pour mettre en évidence les dimensions de la transition à partir des mutations en cours. Il mettra l’accent sur le rôle et la stratégie des gouvernements locaux et régionaux d’Afrique dans la transition.

Situation

5. Le futur des villes et des territoires africains s’inscrit dans l’évolution du continent et contribue à son avenir. Parmi les nombreuses questions qui vont marquer le futur de l’Afrique, deux tendances sont à mettre en évidence : la mondialisation et l’urbanisation.  Supports de l’économie mondialisée, les villes et les territoires sont aussi transformés par elle. L’évolution de la mondialisation bouleverse le système géopolitique et remet en cause la nature des Etats. Elle modifie les rapports entre les différents niveaux de gouvernance (le niveau local, le niveau national, celui des grandes régions et le niveau mondial) ; entre les espaces de vie des populations (notamment les espaces ruraux et les espaces urbains) ; entre la prise en compte de la spécificité des contextes locaux, la construction de l’unité nationale à l’intérieur des frontières des Etats, et le caractère universel des défis et enjeux interpellant l’humanité dans son ensemble.

6. La situation de crise expérimentée partout, quel que soit le niveau de développement des différents pays a fait prendre conscience qu’on était très probablement entré dans une période de rupture dans l’évolution des sociétés et du monde par rapport au passé récent. La prise de conscience de cette rupture met en avant la nécessité d’un changement de paradigmes dans la manière de penser l’évolution et de préparer l’avenir du monde. Cette approche, dont les éléments avaient été perçus et abordés dans plusieurs études critiques s’est imposée plus largement comme une nécessité. Au cours des années récentes, le débat international a pris en compte cette évolution à travers l’adoption des agendas continentaux et mondiaux de portée universelle, notamment, l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, l’Agenda 2030 des Nations Unies, l’Accord de Paris sur les changements Climatiques, le Nouvel Agenda Urbain Mondial.

7. L’Agenda 2063 a été au cœur du Sommet Africités 7, à Johannesburg en 2015. Le thème retenu était : « Construire le futur de l’Afrique avec ses populations : La contribution des autorités territoriales à la prospective 2063 de l’Afrique ». Africités 7 a été un exemple de l’engagement dans un projet essentiel, celui de l’avenir du continent et de la construction de l’unité de l’Afrique. Le Sommet s’est inscrit dans la perspective à long terme du continent, porté par l’Agenda 2063 de l’Union Africaine qui propose d’articuler la transformation en profondeur des sociétés africaines et de l’Afrique avec les nécessités de l’urgence d’améliorer les conditions de vie des Africains et la préservation de la paix au sein du continent.

8. L’Agenda 2063 offre un cadre solide pour réparer les injustices du passé et faire du 21ème siècle, le siècle de l’Afrique. Cinquante ans après que les trente-trois (33) premiers États africains indépendants se soient réunis pour prendre la décision historique de créer l’Organisation de l’Unité Africaine, l’Agenda 2063 propose de regarder et construire l’Afrique pour les cinquante prochaines années. Il s’inscrit dans la perspective d’une « Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens, et représentant une force dynamique sur la scène mondiale ». Il met l’accent sur la mobilisation des populations et sur l’appropriation des programmes de développement du continent par ses citoyens. Il pose le principe de l’autonomie de décision au sein du continent, ce qui implique celui du financement du développement de l’Afrique. Il insiste sur l’importance de disposer des institutions capables, inclusives et responsables à tous les niveaux et dans toutes les sphères. Il met en exergue le rôle essentiel des Communautés Economiques Régionales en tant que pierre angulaire de l’intégration et de l’unité du continent.

9. L’Agenda 2063 met en avant sept aspirations : 1. Une Afrique prospère fondée sur la croissance inclusive et le développement durable ; 2. Un continent intégré, uni sur le plan politique et ancré dans les idéaux du Panafricanisme et la vision de la Renaissance africaine ; 3. Une Afrique où bonne gouvernance, démocratie, respect des droits de l’homme, justice et état de droit sont à l’ordre du jour ; 4. Une Afrique vivant dans la paix et dans la sécurité ; 5. Une Afrique dotée d’une forte identité, d’un patrimoine commun, et de valeurs et d’une éthique partagées ; 6. Une Afrique dont le développement est axé sur les populations, qui s’appuie sur le potentiel de ses populations, notamment celles des femmes et des jeunes, et qui se soucie du bien-être des enfants ; 7. Une Afrique unie et influente sur la scène mondiale.

10. L’Agenda 2063 est réalisé à travers des plans d’action décennaux dont la mise en œuvre se fait   à travers les cinq domaines d’intervention prioritaires adoptés par la Banque Africaine de Développement (« High 5 »), à savoir :

– Eclairer l’Afrique et lui apporter de l’Energie

– Nourrir l’Afrique

– Industrialiser l’Afrique

– Intégrer l’Afrique

– Améliorer la qualité de vie des populations en Afrique

11. Le Sommet Africités 7, à Johannesburg, a aussi salué l’adoption de l’Agenda 2030 par les Nations Unies, en septembre 2015. Cet Agenda définit 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) de portée universelle, déclinés en 169 cibles regroupés autour de cinq grandes priorités (5P), à savoir : les Peuples, la Planète, la Prospérité, la Paix et le Partenariat. À travers l’Agenda 2030 la communauté internationale a pris trois grands engagements : lutter contre les inégalités, l’exclusion et les injustices ; faire face au défi climatique ; mettre fin à l’extrême pauvreté. Elle s’est donnée un slogan : « ne laisser personne en arrière ». Dans la plupart des États membres des Nations Unies, plus de 60 pour cent des ODD relèvent des compétences que les lois de décentralisation reconnaissent aux collectivités territoriales ; d’où l’invite de la communauté internationale aux États, de promouvoir la localisation des ODD, et une forte implication des collectivités territoriales en vue de leur réalisation effective. Pour les collectivités territoriales le slogan « ne laisser personne derrière » doit s’interpréter comme « ne laisser aucun territoire de côté ».

12. La Conférence des parties à la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques réunie à Paris en décembre 2015 (CoP21) a abouti à l’adoption de l’Accord de Paris qui définit les actions à entreprendre au niveau international pour, d’une part, limiter les émissions des gaz à effet de serre afin de maintenir le niveau du réchauffement de la planète à 2 degrés Celsius au maximum à l’horizon 2100, seuil au delà duquel, selon les experts du groupe interétatique sur le climat (GIEC), les dérèglements du climat deviendraient imprévisibles ; et d’autre part, mettre en œuvre des actions d’adaptation aux conséquences des changements climatiques sur les populations et sur les territoires où elles vivent. En vue de réaliser les objectifs fixés par l’Accord de Paris, chaque Etat partie à la convention est tenu de soumettre au secrétariat de la convention, des contributions définies au niveau national (CDN). Les experts du GIEC estiment que la réalisation cumulée des actions contenues dans l’ensemble des CDN présentés par les différents Etats partie aboutit à une hausse de la température de la planète de 3 degrés Celsius, supérieure aux 2 degrés fixés comme plafond au-delà duquel la situation deviendrait incontrôlable.

13. C’est pour cette raison que les leaders des gouvernements locaux et régionaux ont décidé de renforcer l’action des gouvernements nationaux en s’engageant à entreprendre des actions au niveau des territoires pour limiter la hausse du réchauffement de la planète à un maximum de 1,5 degrés Celsius à l’horizon 2100. A cet égard, lors de la CoP21 à Paris en 2015, les leaders des villes et territoires d’Afrique se sont engagés aux côtés de leurs homologues des autres régions du monde, bien que l’Afrique ait contribué très peu aux niveaux actuels des émissions de gaz à effet de serre. Ils ont réitéré cet engagement lors de la CoP22 à Marrakech en 2016. La plupart d’entre eux ont adhéré à la Convention des Maires pour le Climat et l’Energie, et se définissent des plans climat au niveau de leurs territoires. Lors de la réunion organisée en septembre 2017 à Rabat, Maroc, par le PNUD, le Partenariat NDC et le secrétariat de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, les participants ont convenu que sans l’implication des collectivités territoriales, les CDN des différents Etats africains avaient peu de chances d’être réalisés. D’où la recommandation faite aux Etats de travailler à la territorialisation des CDN et à une forte implication des collectivités territoriales à leur mise en œuvre. Cette territorialisation est particulièrement pertinente quand on considère que c’est d’abord au niveau des territoires que s’applique le cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes d’ici 2030.

14. Le nouvel Agenda Urbain se veut une stratégie de mise en œuvre de l’Agenda 2030 dans un monde où l’habitat est devenu majoritairement urbain depuis le milieu de la première décennie des années 2000. Le débat international sur la ville a évolué. A Habitat 1, à Vancouver, Canada, en 1976, il a porté principalement sur les rapports entre industrialisation et urbanisation et sur la relation entre salariat et logement. Deux questions nouvelles avaient alors émergé : l’environnement et la participation. A Habitat 2, à Istanbul, Turquie, en 1996, le droit au logement et l’accès aux services publics avaient été mis en avant. Deux questions ont été mises en débat : la sécurité foncière et la production sociale de l’habitat. Deux nouveaux acteurs ont fait irruption dans l’arène internationale : les collectivités territoriales, qui ont tenu leur première Assemblée Mondiale des Villes et des Autorités Locales dans le cadre d’une rencontre des Nations Unies ; et les entreprises, qui, à travers la création du Business Compact avec les Nations Unies sous la houlette des multinationales, marquaient leur entrée en force dans le débat international.

15. Le Nouveau Programme pour les Villes adopté à Habitat 3, en 2016 à Quito, Equateur, s’inscrit dans une refonte des priorités de l’ONU autour des ODD et de l’Accord de Paris. Il insiste sur la nécessité d’avoir un regard plus positif sur le rôle des villes dans la promotion du développement durable, à condition : (i) d’adopter des politiques urbaines nationales qui définissent un système urbain prenant en compte tous les niveaux de villes, y compris les petites villes et les villes intermédiaires, et pas uniquement les grandes villes et les métropoles ; (ii) de renouer avec la pratique de la planification urbaine à laquelle il convient d’associer l’ensemble des citadins, y compris les plus pauvres ; (iii) de relier planification urbaine, besoins en infrastructures et services et financement des investissements  urbains, dont une part significative doit être recherchée dans la captation par les gouvernements locaux et régionaux d’une partie des plus-values foncières générées par les économies d’urbanisation et les économies d’agglomération ; (iv) de mettre en avant le partenariat avec l’ensemble des acteurs en vue de les associer à la co-production de la ville et du territoire.

16. Le Nouvel Agenda Urbain Mondial se donne en particulier pour objectif de réaliser l’ODD n°11 pour des villes et établissements humains sains, sûrs, inclusifs et durables. Les trois premières des dix cibles de l’objectif proposent, d’ici à 2030 : 1) d’assurer l’accès de tous à un logement et des services de base adéquats et sûrs, à un coût abordable, et assainir les quartiers de taudis ; 2) d’assurer l’accès de tous à des systèmes de transport sûrs, accessibles et viables, à un coût abordable…; 3) de renforcer l’urbanisation durable pour tous et les capacités de planification et de gestion participatives, intégrées et durables des établissements humains dans tous les pays.

17. Les objectifs de développement durable redonnent de l’importance à l’approche par les droits fondamentaux par rapport aux approches essentiellement économiques. Elles redonnent aussi une cohérence aux différents niveaux de l’action publique. La cohérence entre les différents agendas continentaux et mondiaux est vérifiée. Le PNUD estime que 83 pour cent des objectifs de l’Agenda 2063 recoupent ceux de l’Agenda 2030. Le rapprochement des objectifs de ces deux Agendas avec les dispositions de l’Accord de Paris met en lumière une nouvelle approche de la transformation des sociétés qui remet en cause les anciennes conceptions du développement.

18. On peut aussi vérifier que l’Agenda 2030, s’il est une indéniable avancée, ne tranche pas le débat sur le sens de l’action publique. L’agenda urbain est non contraignant et laisse entier le débat ouvert entre deux conceptions de la transformation sociale urbaine : pour le résumer, entre ville compétitive et ville solidaire. Les contradictions restent fortes entre ceux qui proposent de s’en remettre au libre jeu des forces du marché pour assurer une gestion efficace du développement urbain, et ceux qui prônent un recours prépondérant à l’action et à la régulation publiques pour mieux respecter les droits fondamentaux, l’intérêt général et le bien commun dans la gestion urbaine. Ce débat n’est pas tranché, notamment en Afrique, où les institutions nationales et panafricaines ne s’en sont pas encore complètement saisies. Le Sommet Africités 2018 offre l’occasion de s’en saisir au niveau des collectivités territoriales d’Afrique et d’explorer les hybridations nécessaires pour avoir les avantages des deux approches et minimiser leurs inconvénients éventuels.

19. Depuis vingt ans, le mouvement des autorités territoriales a gagné en visibilité et reconnaissance en Afrique. Lors du Sommet Africités 1998, à Abidjan, Côte d’Ivoire, les relations entre les élus locaux et les représentants des Etats africains étaient tendus sur la question de la décentralisation. Depuis, et en partie grâce à la plateforme panafricaine de dialogue que les Sommets Africités ont mis en place, la décentralisation et le développement des territoires sont reconnus pratiquement partout comme une figure obligée de la modernisation des Etats et de l’amélioration de la gouvernance des affaires publiques. Pour autant, l’attribution des ressources n’a pas suivi l’attribution des responsabilités. La définition de nouveaux rapports entre les autorités territoriales, les autorités nationales et les autorités supranationales à l’échelle de l’Union Africaine sera à l’ordre du jour du Sommet Africités 2018. Pour la première fois la rencontre des ministres sera directement prise en charge par le Comité Technique Spécialisé n°8 de l’Union Africaine, qui regroupe les conférences des ministres en charge de la fonction publique, du développement urbain, des collectivités territoriales et de la décentralisation.

20. En retenant, pour le Sommet Africités 2018, le thème de la transition vers des villes et des territoires durables, les collectivités territoriales d’Afrique s’inscrivent dans une proposition de rupture. Il leur revient de construire un narratif pour l’Afrique correspondant à cette bifurcation. La démarche de l’Agenda 2030 présuppose en effet une cohérence dans l’action des différents niveaux de gouvernance, du niveau local, aux niveaux national, régional, continental et mondial. L’action publique nationale et locale doit désormais intégrer les objectifs définis dans les principaux agendas de portée universelle adoptés par les Nations Unies, mais à partir d’une vision territoriale. La vision territoriale prend en compte la proximité avec les citoyens, et facilite leur mobilisation et leur participation à la gestion des affaires locales, le respect des intérêts et des demandes des populations dans la définition et la mise en œuvre des actions au niveau du territoire, la mesure des résultats à partir des indicateurs définis à la suite de délibérations conduites sur le sens des actions à entreprendre. Lors du Sommet Africités 2018 les collectivités territoriales d’Afrique discuteront avec l’ensemble des acteurs intéressés de la stratégie de localisation et de territorialisation des objectifs du développement durable et des cibles correspondantes.

Transition

21. L’hypothèse de la transition explicite l’idée d’un changement profond, d’une évolution structurelle. Nous sommes dans une période de rupture dans tous les domaines de l’évolution des villes, des territoires et des sociétés. Une rupture qui se définit en termes civilisationnels et qui bouleverse toutes les dimensions de cette évolution. Elle explicite aussi les formes de l’évolution. Elle introduit une relation entre la rupture à venir, déjà en cours, et la continuité de l’évolution des sociétés, du monde et de la planète. Il s’agit de relier rupture et continuité, et de distinguer entre continuités et discontinuités. Ce qui est valable pour les sociétés l’est aussi pour les villes. Ainsi, les nouveaux rapports sociaux se dégagent lentement des anciens. Dans la transition, une nouvelle rationalité s’impose et toutes les formes anciennes, sociales et urbaines, s’adaptent à la nouvelle rationalité dominante, de manière spécifique, suivant les contextes et les situations.

22. La situation actuelle est marquée par les contradictions du système-monde. Le Sommet Africités 2018 partira de ces contradictions ; il en examinera les conséquences pour l’Afrique et ses villes et territoires. Il mettra ensuite l’accent sur le rôle que les collectivités pourront jouer pour amorcer le dépassement de ces contradictions en partant des politiques territoriales. La transition modifie les paradigmes et la manière de penser la transformation. Elle est fondamentalement un processus qui intègre toutes les dimensions en même temps. D’où la difficulté de la présenter de manière discursive.

23. En traitant des différentes dimensions de la transition il faudra toujours se rappeler les interactions qu’elles entretiennent. Ces différentes dimensions serviront néanmoins de point de départ pour identifier les mutations et pour relier les transformations avec les conceptions, les politiques et les stratégies. Seront ainsi analysées : la transition démographique, la transition écologique, la transition démocratique et politique, la transition économique et sociale, la transition géopolitique, la transition culturelle et communicationnelle. Pour chacune de ces dimensions, on définira ce qui la caractérise, notamment dans le contexte africain et ses spécificités, et le rôle que devront jouer les collectivités territoriales d’Afrique.

24. La transition démographique est une dimension majeure. Elle se caractérise par cinq grandes transformations : l’augmentation de la part de l’Afrique dans la population mondiale, l’urbanisation rapide du continent, l’évolution déterminante de la place des femmes dans le champ politique et social, les changements générationnels et les mutations de la jeunesse africaine, et les migrations.

25. L’Afrique comptait 100 millions d’habitants au 19ème siècle, 275 millions en 1960, 640 millions en 1990 ; elle devrait compter 1,2 milliards d’habitants en 2015 (16 pour cent de la population mondiale). Entre 2017 et 2050, 26 pays africains verront leur population doubler. Le département des affaires économiques et sociales de l’ONU estime que la population de l’Afrique devrait atteindre 4,5 milliards d’habitants à l’horizon 2100 (40 pour cent de la population mondiale). A cet horizon la population de l’Afrique aura dépassé celle de l’Asie, et l’Afrique sera alors le principal foyer de peuplement de l’humanité. En d’autres termes, les choix que le continent africain fera en matière de trajectoires de croissance et de développement auront un grand impact sur le caractère durable et soutenable de la croissance et du développement en Afrique et dans l’ensemble du monde.

26. L’irruption des femmes sur la scène politique du continent de l’Afrique est l’un des faits marquants de l’évolution du débat national et panafricain sur le développement et l’intégration du continent. L’implication des femmes est désormais déterminante pour la mise en œuvre des politiques et stratégies publiques aux niveaux territorial, national, régional, continental et mondial. Les femmes représentent 51% de la population africaine. Le rapport « Women Matter Africa » publié par McKinsey Global Institute estime que 12 trillions de dollars pourraient être ajoutés au PIB de l’Afrique si le continent tirait mieux avantage de la force de travail et de créativité que représentent les femmes africaines. En écho à cette préoccupation l’Union Africaine a déclaré « 2015, Année de l’autonomisation des femmes », en reconnaissance de leur contribution au développement de l’Afrique. Cette reconnaissance est le résultat d’années de luttes, de mobilisation, et de revendications portées par les associations des femmes, y compris au sein du mouvement des collectivités territoriales.

27. Lors du Sommet Africités tenu à Marrakech en décembre 2009 les élus du continent accédaient à la demande de leurs consœurs de mettre en place un Réseau des Femmes Elues Locales d’Afrique (REFELA), ce qui a été réalisé à Tanger, Maroc, en mars 2011. Le REFELA s’impose désormais comme la voix légitime des femmes élues territoriales au sein du continent africain, et développe des chapitres nationaux pour relayer l’action du réseau continental au niveau de chaque pays. Le REFELA procèdera au renouvellement de ses instances lors du prochain Sommet Africités à Marrakech. Il fera notamment le point sur son plan d’action triennal qui prévoit le lancement et la mise en œuvre de trois campagnes : une campagne des villes africaines sans enfants de la rue ; une campagne des villes zéro-tolérantes aux violences faites aux femmes ; et une campagne des villes africaines favorables à l’émancipation économique des femmes.

28. La jeunesse est ce qui caractérise le mieux la dynamique démographique de l’Afrique. La population africaine est la plus jeune au monde. En 2050, un tiers de la jeunesse mondiale vivra en Afrique, contre un cinquième en 2015. D’ici à 2050 la tranche de population des 15-24 ans passera de 230 millions de personnes en 2015 à 450 millions en 2050, ce qui représente quasiment un doublement. Cette tranche représente 60 pour cent des chômeurs du continent contre 34 pour cent en moyenne dans le reste du monde. D’ici 2050 les experts estiment que l’Afrique comptera 1 milliard de jeunes de moins de 18 ans (pratiquement 1 jeune sur 2 dans le monde). Chaque année 10 à 12 millions de jeunes entrent dans le marché du travail.

29. Une part de plus en plus importante de ces jeunes s’installent comme autoentrepreneurs. 72 pour cent des jeunes africains vivent avec moins de 2 dollars par jour, niveau défini comme le seuil de pauvreté par la communauté internationale.  La « Décennie de la Jeunesse » proclamée par l’Union Africaine en 2009, arrive à échéance en 2018 sans que des progrès significatifs n’aient été observés sur le front de l’emploi des jeunes. Le Sommet Union Africaine-Union Européenne a pris la jeunesse comme thème central mais aucune proposition réellement applicable n’en est sortie. Il n’est pas étonnant que certains jeunes perdent espoir quant à leur devenir sur le continent et recherchent hors du continent des conditions de vie meilleures, parfois au péril de leur vie.

30 Cette situation alarmante à bien des égards ne doit pas effacer le fait que grâce aux jeunes, l’Afrique est en train d’effectuer des progrès rapides dans le domaine des nouvelles technologies et de l’Internet des Objets (IdO). Grâce à l’investissement des jeunes Africains, l’Afrique est en passe de devenir une terre d’innovation dans le domaine des applications des technologies mobiles. La plateforme de paiement mobile M-Pesa développée par de jeunes Africains a été précurseur dans l’adoption du mobile money de par le monde. Le montant des transactions journalières sous forme de transferts ou de paiements via M-Pesa représente, au Kenya, 23,3 millions de dollars, soit plus du double des transactions financières journalières opérées par les banques commerciales du Kenya. Le Think Tank Mobile Money estime que 82 pour cent des consommateurs utilisent la banque mobile en Afrique, contre une moyenne de 66 pour cent dans le monde.

31. Au delà des utilisations financières et bancaires, grâce notamment à l’investissement des jeunes Africains, l’Internet des Objets (IdO) se développe rapidement dans trois domaines, essentiellement pour conjurer le défi de la distance, pallier le manque de personnel qualifié, ou l’insuffisance des informations à l’origine de la distorsion des marchés : le domaine de l’agriculture et de l’économie agricole ; le domaine de la santé ; le domaine de l’éducation. L’adoption par les villes et territoires d’une trajectoire de transition vers un développement plus durable offrent des perspectives de développement de nouvelles applications qui peuvent représenter sur le continent africain un gisement important de nouveaux emplois pour les jeunes.

32. L’urbanisation rapide du continent est un fait marquant de la transition démographique. De majoritairement rurale il y a 60 ans (au moment des indépendances nationales) la population de l’Afrique va devenir majoritairement urbaine d’ici 30 ans. En 2009, la population urbaine, 40% de la population totale, comptait 400 millions d’habitants. En 2050, elle devrait atteindre 1,2 milliard d’habitants, l’équivalent de la totalité de la population actuelle du continent, 60% de la population de l’Afrique en 2050. L’armature urbaine de l’Afrique a rapidement évolué. En 1960, l’Afrique comptait deux villes de plus d’un million d’habitants, le Caire et Johannesburg. En 2015, elle compte 80 villes de plus de 1 million d’habitants dont une vingtaine ont 2 millions d’habitants et plus. 5 villes dépassent 8 millions d’habitants, une par sous-région : Le Caire, Lagos, la Région urbaine du Gauteng (Johannesburg –Tshwane – Ekhuruleni), Kinshasa et Nairobi. L’urbanisation ne se résume pas aux grandes villes ; 70% de la population urbaine du continent réside dans les villes intermédiaires (de 100.000 à 1 million d’habitants) et les petites villes (de 10.000 à 100.000 habitants).

33. Une tendance forte observée dans la plupart ces villes d’Afrique est la précarisation de l’habitat qui accentue les exclusions et les ségrégations urbaines. On estime qu’au moins 60% des citadins en Afrique vivent dans des logements et des quartiers informels. Dans les vingt prochaines années, il faudra accueillir, en Afrique, 300 millions de nouveaux urbains. Dans les vingt ou trente prochaines années, il faudra construire dans les villes africaines autant d’infrastructures qu’il en a été construit jusqu’à maintenant. Or jusqu’à présent le développement urbain se fait majoritairement par adjonction de quartiers auto-construits sans réelle planification. La majorité des citadins est exclue des filières légales d’accès au sol et au logement, et vit une situation foncière précaire, dans des quartiers sous-équipés, le plus souvent désignés comme « irréguliers » ou « informels ». L’objectif de développement durable numéro onze recommandant que d’ici 2030 les villes et établissements humains deviennent « saines, sûres, inclusives et durables » semble être hors d’atteinte, à moins d’une reconsidération drastique de la manière dont les quartiers informels vont être intégrés dans la planification des villes africaines.

34. La question des migrations apparaît comme la question stratégique majeure dans l’évolution du peuplement de la planète. Les catastrophes naturelles, les conflits armés, les troubles sociaux et les crises économiques et politiques, entraînent de plus en plus de déplacements des populations des milieux ruraux vers les milieux urbains, des régions pauvres vers les régions riches, de l’intérieur du continent vers les zones côtières, nourrissant un flux ininterrompu de migrations au sein des pays, entre pays d’Afrique, ou à destination d’autres régions du monde.  Ces déplacements de populations (subies ou voulues) soulèvent deux grandes questions : Quel rapport entre les migrations, le développement et la répartition des richesses entre les pays ? Comment respecter et garantir les droits fondamentaux des migrants, des travailleurs migrants et de leurs familles ?

35. Les collectivités territoriales sont en première ligne dans la gestion des migrations puisque les populations migrantes quittent généralement une collectivité territoriale pour s’établir de manière  transitoire ou permanente dans une autre collectivité territoriale au sein du même pays, dans un autre pays d’Afrique ou hors d’Afrique. La Charte sur les Migrants que les maires et leaders des gouvernements locaux et régionaux d’Afrique ont adopté lors du Sommet Africités 7 tenu à Johannesburg en décembre 2015, sera reconsidérée et complétée au cours du Sommet Africités 2018 à Marrakech. Il sera de plus proposé la mise en place d’un réseau africain des collectivités territoriales volontaires pour s’investir sur la question de la migration. Le Sommet Africités de Marrakech définira par ailleurs la position des collectivités territoriales d’Afrique dans les débats qui auront lieu autour de l’adoption d’un Pacte Mondial sur la Migration qui devrait intervenir lors de la Conférence des Nations Unies sur la Migration prévue en décembre 2018 à Marrakech.

36. La transition écologique s’est imposée à la suite de la prise de conscience du fait que, pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, l’organisation du système de production et de consommation dominant est entrée en conflit avec l’écosystème planétaire. Cette prise de conscience est née de la relation désormais scientifiquement établie entre modèle de croissance et caractère insoutenable des emprunts et des rejets sur l’environnement naturel nécessairement fini ; réchauffement de la planète et dérèglements climatiques ; récurrence et amplitude des catastrophes naturelles se traduisant en pertes en vies humaines et destructions des biens et des investissements.

37. Cette prise de conscience a comme effet une remise en cause de plus en plus affirmée des certitudes sur la croissance, le productivisme, l’extractivisme et le modèle de développement dominant. Elle ouvre un débat autour de deux options : soit prolonger les modèles productivistes actuels en les corrigeant par l’adoption des industries vertes et la production de technologies environnementales ; ou passer à des modèles et à des formes de croissance et de développement totalement différents, où la logique du bien vivre et du respect de l’environnement prend le pas sur celle de la croissance et de la compétition échevelées. Ce débat ne fait que commencer. Il porte autant sur la nécessaire industrialisation que sur la nature et les formes de l’industrialisation. Il aura des conséquences considérables aussi bien sur les politiques publiques que sur les comportements des populations par rapport aux modèles de production et de consommation. Les choix qui seront faits dans ce domaine auront un impact important sur l’organisation et le fonctionnement des villes et territoires, y compris en Afrique. C’est la raison pour laquelle le débat sur la transition écologique aura une place de choix lors du Sommet Africités 2018 à Marrakech.

38. Jusqu’à présent, l’économie des pays africains est largement dépendante des matières premières et des industries extractives, dont l’une des principales conséquences est de dresser des obstacles contre la diversification et la montée en gamme des productions économiques du continent. Comment l’Afrique peut-elle se sortir de cette logique infernale ?  L’hypothèse énoncée dans le cadre des discussions du Sommet Africités 2018 est que le continent n’a pas d’autre option que d’emprunter la trajectoire de la transition écologique.  Cette trajectoire s’impose parce que, dernière venue dans le processus d’industrialisation, l’Afrique doit tirer les leçons des expériences de croissance et de développement écologiquement non soutenables mises en œuvre par les pays développés ou émergents.

39. La transition écologique requiert une remise en cause des priorités des économies locales et leur redéfinition à l’aune des principes de la sobriété, de l’efficacité énergétique, et de l’économie circulaire. Les choix que les villes et les territoires d’Afrique feront en matière d’accès à l’énergie, d’aménagement du territoire, d’organisation des systèmes de production, de transport et d’échanges, et par rapport à leur caractère plus ou moins inclusif, seront d’une importance capitale pour le devenir de l’Afrique et du monde, car il faut le rappeler, à l’horizon 2100, l’Afrique abritera pratiquement la moitié de la population mondiale.

40. La transition démocratique et politique est fondamentale. La transition démocratique est la dimension la plus prégnante de l’évolution de l’environnement politique. Promouvoir l’unité politique dans le cadre de la construction de l’Etat-Nation, tout en respectant la diversité des contextes locaux, rend particulièrement difficiles les formes de régulation et de représentation ; ainsi que la liaison entre renouvellement des institutions et renouvellement des élites. Des demandes s’expriment chaque jour de manière toujours plus pressante en faveur de la mise en place d’un système politique qui garantisse, dans des situations déterminées et spécifiques, les libertés individuelles et collectives ainsi que le respect des droits fondamentaux ; un système politique qui laisse par conséquent ouvert le choix des formes de représentation respectueuses de la diversité des sociétés, établit des modalités de la démocratie participative pour corriger les abus de la démocratie représentative,  promeut l’implication des citoyens dans la gestion des affaires publiques, et instaure des mécanismes de suivi et de contrôle de l’action des  dirigeants par les populations ; un système politique qui condamne la corruption sous toutes ses formes et rétablit l’éthique et l’effort individuel et collectif comme modalité d’accès à la respectabilité sociale.

41Au niveau des collectivités territoriales d’Afrique, l’enjeu est considérable. Les élus locaux ne sont pas à l’abri de la méfiance qui se généralise par rapport au politique, et qui prend la forme du rejet de la corruption sur le mode de « tous pourris ». L’espoir de voir les élus des gouvernements locaux et régionaux renouveler les élites politiques africaines n’a pas encore été réalisé. De nouvelles pratiques et des politiques alternatives permettraient de dépasser ces situations. L’exemple du budget participatif, adopté par de très nombreuses collectivités africaines, est une innovation prometteuse dans ce sens.

42. La transition économique et sociale est une dimension clé. Elle doit se concevoir en prenant en compte : la rationalité dominante, qui est celle de la financiarisation et de la régulation par les marchés financiers ; la montée en puissance d’un nouveau secteur productif, construit sur l’économie du numérique et des biotechnologies, qui va bouleverser les formes de production et de distribution des biens et services, voire les formes de propriété et d’accès à l’usage des biens et services ; l’endettement des Etats, qui tend à diminuer les marges de manœuvre de la puissance publique.

43. La base productive des villes est en mutation. Les entreprises sont en recomposition par la filialisation et la sous-traitance. Les entreprises nationales sont privatisées, particulièrement dans les services publics. Les entreprises locales forment le tissu économique de base, même si de nouvelles formes progressent, comme les « start-ups » et l’« ubérisation ». Le commerce et l’artisanat sont marqués par la continuité entre les petites entreprises et le secteur informel. Du point de vue social, l’élément déterminant est celui de l’explosion des inégalités sociales dans chaque société et dans le monde. La question des inégalités sociales surdétermine celles de la pauvreté, de la précarisation, des discriminations. Elle fonde la ségrégation urbaine, sociale et ethnique.

44. Pour l’Afrique, on est passé en quelques années d’un fort afro-pessimisme à un optimisme parfois exagéré. La réalité est plus contradictoire. La baisse des prix des matières premières a mis plusieurs économies en difficulté et a rappelé que les économies africaines sont plutôt rentières et peu diversifiées. La jeunesse africaine, considérée comme une des grandes chances de l’Afrique, trouve peu d’emplois et alimente les flux migratoires. L’agriculture moderne est surtout exportatrice des produits agricoles pour les industries et les marchés des pays développés ou émergents, et l’agriculture paysanne, qui devrait assurer l’essentiel de la souveraineté alimentaire, a du mal à se moderniser.

45. Les entrepreneurs africains font preuve de dynamisme et l’émergence de plusieurs grandes entreprises africaines en est le témoignage. Mais la continuité du tissu économique africain n’est pas assurée avec d’un côté le contrôle de grands secteurs par les multinationales et de l’autre la persistance d’un secteur informel dont la productivité et les possibilités d’offres d’emplois décents sont limitées. Il s’agit là d’un des défis majeurs que la transition économique et sociale pose aux collectivités territoriales d’Afrique dans le cadre de la transition vers les villes et les territoires durables.

46. Les collectivités territoriales d’Afrique sont en effet appelées à devenir les acteurs essentiels de la transition économique et sociale. L’économie locale peut jouer un rôle déterminant pour créer et consolider la continuité du tissu économique. A la condition d’assurer la formation et l’accompagnement des acteurs économiques locaux sur les plans financiers, bancaires et institutionnels. A la condition que les collectivités territoriales mettent en place les services de base nécessaires pour assurer la compétitivité des activités économiques (eau, assainissement, énergie, santé, éducation, culture). A condition aussi que soit mis en place un environnement institutionnel favorable à cet effet, et que l’Etat mène et finance des politiques sociales nationales mises en œuvre avec la participation des collectivités territoriales. A condition enfin que les collectivités territoriales ne s’interdisent pas la possibilité d’utiliser les monnaies locales comme moyen de soutenir le développement et la croissance des économies locales. L’alliance entre les collectivités territoriales d’Afrique et les grandes entreprises africaines est une des pistes à explorer également pour enraciner le développement au sein des territoires africains. 

47. La transition géopolitique accompagne l’émergence d’un monde multipolaire dans lequel la place de l’Afrique a évolué et évolue encore. Dans le temps long, on peut identifier deux phases dans l’histoire géopolitique récente du continent. La première phase qui correspond à la décolonisation a débouché sur l’indépendance de la plupart des Etats africains, ce qui a entraîné un bouleversement des équilibres géopolitiques au niveau mondial avec l’entrée en lice de plus de 50 Etats africains dans le concert des Nations. L’espace géopolitique est alors structuré autour de l’appartenance des Etats post coloniaux à l’un ou l’autre des deux blocs géopolitiques dominants, le bloc des Etats capitalistes, et le bloc des Etats socialistes (ou communistes). Suite à l’effondrement de l’Union soviétique et du bloc des Etats communistes, une deuxième phase de l’histoire géopolitique du continent s’ouvre, qui a vu l’entrée en scène de nouveaux acteurs comme la Chine et les pays émergents d’Asie, ce qui change les termes de l’équation de la domination entre Etats, des rapports entre les Etats et les nations, du contenu des identités et des appartenances, et la définition même de la scène internationale.

48. Les citoyens revendiquent l’appartenance à des identités multiples, au niveau de leur communauté de base, de leur collectivité territoriale, de leur Etat national, de la région géographique ou du continent d’appartenance des différents Etats, mais aussi d’autres ensembles organisés sur une base linguistique, culturelle ou d’autres affiliations. On assiste à une recomposition de la puissance publique par le bas, à travers la mise en place de collectivités territoriales, et par le haut, à travers la mise en place d’ensembles régionaux de niveau supra-étatique. Cette recomposition est d’autant plus pertinente que l’Etat apparaît trop éloigné pour résoudre les problèmes de proximité, et trop petit pour traiter des défis globaux.

49. L’entrée en lice des collectivités territoriales ouvre un nouveau champ dans l’espace géopolitique, celui de la coopération internationale des collectivités territoriales encore appelée coopération décentralisée. La coopération internationale des collectivités territoriales démultiplie le champ des relations internationales en y incorporant le niveau local de gouvernance, en l’inscrivant dans une perspective de renforcement institutionnel à long terme, et en promouvant les relations entre peuples par-delà les relations entre Etats. Ce nouveau champ voit le rôle des associations nationales, continentales et mondiales des collectivités se renforcer dans les débats internationaux, au point que ces associations en viennent à réclamer une place à la table des négociations internationales qui sont, jusqu’ici, le privilège des seuls Etats nationaux.

50. La contribution des associations des collectivités territoriales dans la définition des agendas globaux adoptés au cours des années 2015 et 2016 a été remarquable et appréciée. L’implication du Groupe de Travail des gouvernements locaux et régionaux (Global Task Force of Local and Regional Governments) au sein du Forum Politique de Haut Niveau établi auprès du Secrétaire Général des Nations Unies (High Level Political Forum) est une avancée pour faire entendre la voix des collectivités territoriales au plus haut niveau sur la scène internationale. La capacité d’influence des collectivités territoriales est de plus en plus considérée comme une composante essentielle des politiques d’influence des Etats (soft power). L’implication des collectivités territoriales dans la définition des agendas mondiaux et les négociations internationales est au cœur du débat actuel sur la réorganisation de la gouvernance mondiale.

51La mise en place des grandes régions en tant que sujets de droit est l’autre pendant de la recomposition de l’espace géopolitique. C’est l’une des voies empruntées par les Etats nationaux pour faire diminuer l’impact des contraintes exercées par la dynamique de la mondialisation sur chacun desdits Etats pris individuellement. Les grandes régions apparaissent également comme une des réponses les mieux appropriées aux défis climatiques et écologiques. Elles permettent de développer des synergies entre pays voisins, et de maximiser les avantages que l’intégration et la solidarité régionales offrent à chaque Etat membre. Leur émergence repose sur le principe de la souveraineté partagée. La tendance au renforcement des grandes régions a été favorisée en partie par la montée en régime du multilatéralisme comme fondement des relations internationales.

52. La remise en cause du multilatéralisme observée au cours des années récentes produit des effets contrastés au sein des différents ensembles régionaux. Au niveau du continent africain la création de l’Union Africaine marque un tournant dans l’inscription de l’Afrique, de ses Etats et de ses villes et territoires dans l’espace géopolitique mondial. L’Union Africaine est devenue l’interlocutrice légitime pour tout dialogue politique et toute coopération avec l’Afrique. Elle l’est d’autant que tous les acteurs pertinents de la vie publique africaine sont représentés au sein de son architecture de gouvernance : gouvernements nationaux, gouvernements locaux et régionaux, parlements, organisations de la société civile, représentants du secteur privé. L’Union Africaine s’affirme chaque jour davantage comme un des acteurs majeurs de la scène géopolitique mondiale. C’est pourquoi elle estime que le renouvellement de l’Accord post-Cotonou, censé organiser les relations entre l’Afrique et l’Europe au cours des 20 prochaines, doit être négocié de continent à continent, entre l’Union Africaine et l’Union Européenne.

53. La survenue et la persistance des conflits socio-politiques et des guerres est un autre élément important dans l’appréciation de la situation géopolitique.  Entre 1 à 2 milliards de personnes dans le monde vivent dans des régions en guerre classique ou en guerre civile. Ces guerres marquent profondément le développement et l’aménagement des villes et territoires. On ne planifie pas de la même manière une ville selon que la région à laquelle elle appartient est en guerre ou en paix. Dans des pays et régions en situation de crise ou de guerre, les villes expérimentent une augmentation des insécurités : insécurités sociales, de l’emploi et du logement ; insécurité écologique ; insécurité civique liée aux conflits et aux rapports à la violence. L’insécurité devient un facteur essentiel de la gestion urbaine et amène souvent les populations et les dirigeants des villes concernées à adopter une idéologie sécuritaire, selon laquelle on ne peut lutter contre l’insécurité que par la répression. On assiste à la montée en puissance de nouvelles idéologies qui laissent place explicitement à des racismes, des xénophobies et au tout sécuritaire qui interpellent les insuffisances de la démocratie.

54. L’Afrique aura une place de plus en plus importante dans le monde multipolaire qui émerge. Le continent a plusieurs atouts et pourrait connaître une évolution semblable à celle de l’Asie aujourd’hui. On l’a vu, une partie déterminante de la jeunesse mondiale est en Afrique, ce qui procure au continent un dividende démographique certain. Les réserves de matières premières et les réserves environnementales africaines sont indispensables à la croissance et au développement du monde, ce qui donne au continent un avantage compétitif. Le dynamisme économique des pays africains montre à nouveau des signes de grande vitalité après les années sombres de l’ajustement structurel. Les migrants africains, la diaspora africaine, et les afro-descendants sont actifs partout dans le monde. Une des conditions de la réussite africaine dépendra aussi de la capacité qu’auront les leaders des gouvernements nationaux, locaux et régionaux d’Afrique à conclure des alliances positives avec les associations de la diaspora, des afro-descendants, et des migrants. Les collectivités africaines peuvent aussi jouer un rôle majeur dans la prévention et le règlement des conflits qui se déroulent sur leurs territoires.

55. Le fait géopolitique marquant de la période récente est l’émergence d’un réseau mondial des grandes métropoles qui impulse, dirige et gère la dynamique de l’économie mondialisée.  L’émergence de ce réseau mondial des grandes métropoles est une tendance lourde qui restructure les territoires partout dans le monde, y compris en Afrique. Ce réseau concentre les sièges sociaux des principales entreprises multinationales, les universités et centres de recherche scientifique, les services financiers et juridiques ainsi que les équipements culturels de réputation internationale. Les agglomérations qui composent ce réseau jouent souvent le rôle de nœud de communication et télécommunications, et de pôle d’animation pour leur région. L’appartenance ou la connexion à ce réseau mondial des grandes métropoles détermine la mesure selon laquelle les villes et territoires concernés participent à l’orientation des flux de l’économie mondialisée, et peuvent en bénéficier pour leur région.

56. Pour l’Afrique, trois agglomérations font déjà partie de ce réseau mondial des métropoles : Le Caire en Egypte ; Johannesburg, en Afrique du Sud ; et Lagos au Nigeria. Ces métropoles connectent l’Afrique à l’espace de l’économie mondialisée. Une trentaine de villes millionnaires (environ 6 par région) forment le deuxième niveau de l’armature urbaine du continent, et sont appelés à jouer un rôle déterminant dans La dynamique du développement et de l’intégration de l’Afrique. Mais à la condition expresse qu’elles-mêmes deviennent les animateurs du réseau des villes intermédiaires et des petites villes qui constitue toujours la réalité urbaine majoritaire au sein du continent africain. Le réseau des villes intermédiaires et des petites villes est en effet à la base du développement des marchés locaux et régionaux autour desquelles s’organisent les relations multiformes entre milieux ruraux et milieux urbains.

57. La transition culturelle et communicationnelle est déterminante. Elle implique l’adoption de nouvelles références culturelles, scientifiques ou philosophiques. Elle correspond souvent à une remise en cause des certitudes à partir desquelles l’interprétation du monde et l’harmonie des sociétés sont fondées. Elle se traduit par l’évolution du système d’idées et des pensées philosophiques, sociales, morales, religieuses qui influence, à travers ses représentations, les comportements individuels et collectifs.

58. Les villes vont être bouleversées par l’évolution scientifique et technologique. De nouveaux paquets technologiques vont marquer les villes du futur. Citons par exemple la robotique, les satellites de communication, les lasers et la fibre optique, les microprocesseurs et les mémoires, les biotechnologies, les nouveaux matériaux et les céramiques à haute résistance, les énergies renouvelables, etc. Ces nouveaux paquets technologiques vont avoir des effets sur les choix de solutions techniques, qui de majoritairement centralisées précédemment pourraient devenir de plus en plus décentralisées. La gouvernance et la gestion des villes vont être très influencées par ces évolutions. Elles vont probablement produire des effets au-delà de la sphère technologique. Il n’y a pas de révolution scientifique et technique sans révolution culturelle.

59. Les références culturelles tendent à s’homogénéiser à travers le monde. La diffusion des cultures des pays développés, notamment la culture américaine, s’étend et s’intensifie auprès des jeunes du monde entier. Cette extension s’appuie principalement sur l’Internet et les réseaux sociaux, et sur les firmes multinationales qui dominent ce secteur, et qui sont toutes américaines (Google, Amazone, Facebook, Apple – GAFA). Même les pratiques culinaires normalement enracinées dans les terroirs sont modifiées sous l’influence de la diffusion du « fast food » américain symbolisé par l’implantation dans pratiquement tous les pays du monde, des firmes comme Coca Cola, McDonald et KFC.

60.  En Afrique, l’adoption du modèle de la culture mondialisée est surtout le fait de la jeunesse des couches aisées et des classes moyennes des populations urbaines. Les jeunes des quartiers pauvres des villes africaines pour lesquels ce modèle demeure un rêve inaccessible, réinventent pour leur part une nouvelle culture populaire urbaine faite d’emprunts sur les cultures traditionnelles revisités à l’aune de la violence de la vie quotidienne et des efforts à faire pour y faire face. La vitalité de cette culture populaire urbaine manifeste la capacité d’innovation et de créativité de cette jeunesse des quartiers pauvres.

61. Cette culture populaire urbaine contribue fortement à l’identité culturelle des villes d’Afrique qui se forge progressivement à travers les créations musicales, artistiques et cinématographiques dont la diffusion s’appuie elle aussi sur la maîtrise des nouvelles technologies. Le retour en force des musiques africaines, de la peinture et des arts plastiques et graphiques, ainsi que du cinéma africain, en particulier nigérian (Nollywood) est la preuve qu’une transition culturelle et communicationnelle est en marche dans les villes et territoires d’Afrique. Comment faire en sorte que cette transition accompagne l’émergence d’une nouvelle approche de la gouvernance des territoires qui fasse une meilleure place aux initiatives des jeunes et débouche sur une meilleure appropriation et identification des citadins à leur ville ? Comment faire pour que cette transition culturelle et communicationnelle favorise l’engagement des jeunes citadins d’Afrique dans la trajectoire menant à la transition vers les villes et les territoires durables en Afrique ? C’est à la réponse à cette question que les participants au Sommet Africités 2018 seront également appelés à contribuer.

 

Stratégie

62. Nous sommes là au cœur de l’interrogation sur la stratégie à suivre pour que l’engagement des collectivités africaines dans la transition vers des villes et des territoires durables soit effective. Les collectivités territoriales sont un échelon indispensable dans la mise en œuvre d’une telle stratégie pour la transition. A leur échelle, elles doivent articuler les réponses à l’urgence et l’inscription de ces réponses dans une perspective de transformation structurelle. Le défi est donc pour elles d’adopter une démarche stratégique, qui articule urgence et alternative. La réponse à l’urgence constitue le quotidien des collectivités territoriales. Elle détermine les priorités en matière de gestion et de planification des ressources humaines, des ressources financières, des ressources naturelles et écologiques, de la planification et de la programmation, de la gestion foncière, des services publics, de la participation des habitants. Pour déboucher sur une trajectoire de développement durable, elle doit intégrer l’exploration des alternatives et des pratiques innovantes.

63. Les politiques territoriales alternatives devraient être explorées autour des cinq grandes missions que les gouvernements locaux et régionaux doivent accomplir : 1) Nourrir la ville (ou le territoire) ; 2) construire la ville ; 3) apporter des services de base à la ville ; 4) entretenir et assurer la maintenance pour le bon fonctionnement de la ville ; 5) administrer et gérer la ville. Elles doivent apporter des réponses aux axes d’action suivants considérés comme stratégiques : les politiques foncières et des politiques des transports fondées sur la remise en cause de la ségrégation spatiale ; les politiques de développement des services publics fondées sur l’accès pour tous à ces services et au respect des droits fondamentaux ; les politiques de développement local fondées sur la production locale et les entreprises locales, le marché local et l’emploi local ; les politiques de défense de l’environnement local fondées sur le respect des écosystèmes locaux et les droits des générations futures ; les politiques de production de logement à vocation sociale fondées sur le droit au logement et à la ville ; les politiques de fiscalité locale, particulièrement foncière, fondées sur l’articulation entre production de richesses et redistribution ; les politiques de participation citoyenne fondées sur l’articulation entre démocratie représentative et participative et sur la citoyenneté de résidence ; les politiques de coopération fondées sur la solidarité entre communautés au sein d’une  même ville, entre les villes et les territoires au sein d’un même pays, et entre villes et régions à l’échelon international autour de l’action internationale des collectivités territoriales et des actions de solidarité internationale entre les Etats et les ensembles régionaux supra-étatiques.

64. Pour avoir quelque chance de succès, toute stratégie de transition doit adopter une approche multi-acteurs et de gouvernance multi-niveaux, suivant le principe de la subsidiarité active. Il est essentiel que les leaders des villes et des territoires d’Afrique comprennent que c’est à travers le partenariat entre tous les acteurs et la synergie d’action des différents niveaux de gouvernance que l’action locale a des chances d’avoir un impact durable. L’approche territoriale du développement promeut cette perspective, qui considère que tout développement est local, et qu’il n’y a d’expérience vécue de développement que lorsqu’il est observé dans le quotidien des populations, là où elles vivent. La stratégie à définir pour l’adoption d’une trajectoire vers les villes et les territoires durables ne doit en conséquence jamais perdre de vue cette exigence d’apporter des réponses concrètes pour diminuer la pénibilité de la vie des citoyens, quels que soient les moyens dont on dispose tout en préparant les conditions de la mise en place d’une dynamique de transformation structurelle et de développement durable à long terme  Et le meilleur moyen de définir une telle stratégie est encore d’y associer les populations concernées, et de mettre en place les mécanismes et modalités appropriées pour ce faire.

Conclusion

65. La transition vers des villes et des territoires durables en Afrique n’est pas une option pour le devenir du continent et du monde. Elle est incontournable pour que l’Afrique prenne toute sa part dans l’adoption de nouveaux modèles de production et de consommation, et de modèles de développement plus attentifs aux limites des écosystèmes au niveau des villes et des territoires, des espaces nationaux ou régionaux, ou de la planète entière. Elle exige de plus la promotion de nouveaux rapports sociaux fondés sur l’égale dignité des êtres humains, le respect des droits humains fondamentaux, le refus des inégalités et des discriminations. Elle met en avant les valeurs de solidarité et de partage en rupture avec la compétition de toutes et tous contre toutes et tous qui semble être la valeur privilégiée dans le modèle de développement dominant à l’heure actuelle.

66. C’est au niveau des villes et des territoires d’Afrique, moins enchâssées que leurs homologues des autres régions dans les structures de l’économie mondialisée, qu’on peut caresser l’espoir de voir la dynamique de la transition s’amorcer effectivement et atteindre rapidement une échelle significative pour pouvoir inspirer d’autres choix de modèles de développement au niveau de l’Afrique et dans les autres régions du monde. C’est pour faire prendre conscience des nouvelles responsabilités qui leur incombent dans la bifurcation salutaire vers un monde plus responsable et plus juste, et explorer les voies et moyens d’assumer pleinement leurs responsabilités que les leaders des gouvernements locaux et régionaux d’Afrique invitent l’ensemble des acteurs intéressés à venir réfléchir avec eux lors du Sommet Africités du 20 au 24 novembre 2018 à Marrakech, Maroc, sur les stratégies à définir et les trajectoires à emprunter pour engager dès maintenant la transition vers des villes et des territoires durables en Afrique.

Rabat, 16 juillet 2018

 

 

Signature d’un MoU entre le Gouvernement du Maroc, ONU Habitat, CGLU et CGLU Afrique

Le premier forum mondial des villes intermédiaires tenu du 5 au 7 juillet 2018 à Chefchaouen (Maroc)  a été marqué par la signature d’un mémorandum d’entente (MoU) entre le Gouvernement du Maroc, ONU Habitat, l’organisation mondiale des gouvernements locaux, CGLU et l’organisation faitière des gouvernement locaux d’Afrique, CGLU Afrique.

Cet accord de partenariat porte sur le lancement d’une stratégie nationale spécifique relative aux villes intermédiaires. Stratégie qui érigera ces dernières, en catalyseur de développement et de croissance et tracera une feuille de route pour un agenda de développement durable.

Le Mou a été signé pour :

  • Le Gouvernement du Maroc  par M. Abdelahad Fassi Fihri ,  ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville et MKhalid Safir, Wali, Directeur Général des Collectivités Locales (DGCL) au ministère de l’Intérieur
  • ONU Habitat par Mme Zena Ali Ahmed, Directrice du Bureau régional des pays Arabes à ONU Habitat,
  • CGLU par Mme Emilia Saiz, Secrétaire Générale de CGLU,
  • CGLU Afrique par Jean Pierre Elong Mbassi, Secrétaire Général de CGLU Afrique.

Mohamed Sefiani, président du premier forum mondial des villes intermédiaires et maire de Chefchaouen s’est réjoui de voir cet acte se matérialiser dans sa ville. « Cette convention vise à donner plus d’appui aux villes intermédiaires. Elle va permettre d’établir des stratégies nationales pour les villes intermédiaires. C’est vrai que nous avons commencé par le Maroc, mais il y’aura d’autres pays dans le monde et particulièrement en Afrique », a-t-il confié.

Appel à l’action pour la journée mondiale des réfugiés

  • Le 20 juin est la journée mondiale des réfugiés — comment allez-vous soutenir la campagne #AvecLesRefugiés ?
  • Signer la pétition #AvecLesRefugiés.
  • Visitez la carte de solidarité #AvecLesRefugiés pour voir les actions mondiales en faveur des réfugiés !

En tant que membre de la coalition #AvecLesRefugiés, CGLU Afrique est fière de soutenir cette campagne et encourage les villes et territoires africains à passer à l’action et à signer la pétition de solidarité avec les réfugiés.

Villes solidaires :

La campagne #AvecLesRefugiés du HCR invite également les villes du monde entier qui s’emploient à promouvoir l’inclusion, à soutenir les réfugiés et à rassembler les communautés, à signer une déclaration de solidarité #AvecLesRefugiés avant la journée mondiale des réfugiés, le 20 juin.

Veuillez consulter la déclaration et la note explicative ici et remplir le formulaire à la fin pour soumettre votre soutien.

Réunion stratégique régionale de CGLU Afrique à Accra (Ghana)

La réunion stratégique régionale de Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLU Afrique) pour la région Afrique de l’ouest se tiendra  à l’Hôtel  Tang Palace, Accra, Ghana,  les 28 et  29 mai 2018.

La réunion est organisée par CGLU Afrique, l’organisation panafricaine et la voix unie assurant la représentation des gouvernements locaux sur le continent en collaboration avec l’association nationale des autorités locales de Ghana (NALAG).

Accra abritera la quatrième rencontre de la série de réunions stratégiques de CGLU Afrique qui auront lieu à travers les cinq régions d’Afrique (Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique de l’Est, Afrique australe). Les trois précédentes réunions se sont tenues à Nairobi au Kenya du 10 au 11 avril 2018 pour la région Afrique de l’Est , à Libreville du Gabon du 16 au 17 avril 2018 pour la région Afrique Centrale et à Walvis Bay en Namibie du 7 au 8 mai 2018.  En tant que la voix des collectivités locales du continent, CGLU Afrique à travers ces rencontres vise à :

  1.  Etablir un bilan de l’état de la décentralisation dans les différentes régions et répondre aux priorités de l’agenda de la décentralisation dans les régions ;
  2.  Délibérer sur les actions prioritaires nécessaires pour aider les collectivités locales à devenir des partenaires fiables pour les gouvernements nationaux ; les communautés économiques régionales ; et les autres partenaires au développement et parties prenantes.

Les réunions aborderont des questions spécifiques, telles que :

  • Informer les membres de CGLU Afrique en ce qui concerne les derniers développements survenus dans la région en matière d’agendas mondiaux et africains et l’implication des gouvernements locaux dans leur mise en œuvre, en particulier l’Agenda 2063 de l’Union africaine,  le Nouvel Agenda Urbain,  les Objectifs de développement durable (ODD), l’Agenda du Climat,  et le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe;
  • L’état d’avancement en matière de signature et de ratification de la Charte africaine sur les valeurs et les principes de la décentralisation, de la gouvernance locale et du développement local dans les différents pays d’Afrique de l’Ouest;
  •  La participation des membres de CGLU Afrique de la région Afrique de l’ouest à la préparation et la mise en œuvre du  Sommet Africités 2018, l’événement phare de CGLU Afrique,  qui aura lieu  du 20 au 24 novembre  2018 à Marrakech  (Royaume du Maroc),  autour du thème:  ” La transition vers des villes et des territoires durables: le rôle des collectivités territoriales d’Afrique.”
  • La préparation et la participation des membres de la Région Afrique de l’ouest à l’Assemblée générale élective de CGLU Afrique qui se tiendra le 23 novembre dans le cadre du Sommet Africités.

L’ouverture officielle de la réunion sera présidée par son excellence Hajia Alima Maham, Ministre des collectivités locales et du développement  rural du Ghana, en présence de :

  • Hon. Nii Felix Anang, President de  NALAG et maire de  la ville de Tema;
  • M. Jean Pierre Elong Mbassi, Secrétaire Général de CGLU Afrique.

La réunion verra la présence des présidents des associations nationales de gouvernements locaux, des dirigeants du Réseau de Femmes Elues Locales d’Afrique (REFELA) et des secrétaires permanents des associations nationales de gouvernements locaux.  Parmi les autres participants à la réunion figureront des experts en matière de décentralisation, d’urbanisation et de changement climatique.

Les médias nationaux et internationaux basés au Ghana sont invités à couvrir la cérémonie d’ouverture ce lundi 28 mai 2018 à 09h00  à l’Hôtel  Tang Palace d’Accra et le point de presse de clôture qui aura lieu le Mardi 29 mai au même endroit à 16h15.

La dernière  réunion stratégique régionale de CGLU Afrique aura lieu  à Rabat (Maroc) du 18 au 19 juin  2018, pour la Région Afrique du Nord.

Pour davantage d’informations, veuillez contacter :
Gaëlle Yomi:  Tel: + 212 610 56 71 45
email:  GYomi@UCLGa.org