Dixième session extraordinaire de la Conférence Ministérielle Africaine sur l’Environnement (CMAE)

La dixième session extraordinaire de la Conférence Ministérielle Africaine sur l’Environnement (CMAE), tenue à Abidjan du 1 au 6 septembre 2024, a été une étape cruciale pour la préparation de la COP29. Cette réunion a rassemblé des ministres, des experts et des représentants de l’environnement de divers pays africains pour renforcer la position de l’Afrique dans les négociations internationales sur le climat. En tant que partenaire accrédité auprès de l’UNEP, CGLU Afrique a pris part aux travaux et était représenté par M. Nbou Mohamed, Conseiller Spécial Climat, Biodiversité et Système Alimentaire et Mme Soumia Benlebsir, Chargée de mission au Département Climat. L’un des principaux objectifs de cette session était de préparer l’adoption d’un Nouvel Objectif Collectif Quantifié (NCQG) lors de la COP29, afin de refléter les besoins spécifiques des pays africains pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, notamment à travers une mobilisation accrue des financements climatiques. 

La session a également porté sur l’amélioration des stratégies pour lutter contre la dégradation des terres, la désertification et la sécheresse, tout en explorant des opportunités de restauration des écosystèmes et de partenariats pour renforcer la mobilisation des ressources. En se concentrant sur ces enjeux, la réunion des Ministres a permis de définir des actions prioritaires pour l’Afrique en vue de la COP29, tout en assurant que les pays africains soient mieux préparés et coordonnés pour défendre leurs intérêts sur la scène internationale. Cette rencontre a marqué une étape décisive pour positionner l’Afrique comme un acteur clé dans la transition écologique mondiale, avec un accent particulier sur les défis financiers et techniques spécifiques au continent. 

Décisions Stratégiques et Reconnaissance des Villes  

La COP29, souvent qualifiée de « Finance COP », devra répondre aux attentes en matière de mobilisation des financements climatiques tout en tenant compte des contraintes économiques et des réalités spécifiques des pays africains. 

Cette session de la CMAE revêtait donc une importance cruciale pour inscrire les villes dans le processus de financement climatique et mettre en lumière l’importance d’une approche collaborative entre les niveaux national et infranational. Il a été particulièrement essentiel de souligner les efforts déployés pour intégrer les villes et territoires au cœur des décisions et messages clés de la CMAE ouvrant ainsi une nouvelle ère où ces acteurs sont reconnus comme essentiels dans l’accélération de la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Le président du Groupe des Négociateurs Africains, en collaboration avec la délégation de CGLU Afrique, a travaillé activement pour développer un texte permettant d’intégrer les villes et territoires dans les discussions sur le changement climatique avec les parties, ce qui est reflété dans la déclaration finale de la CMAE. 

En effet, la déclaration de la CMAE met en avant plusieurs décisions stratégiques, y compris l’importance des villes et des gouvernements locaux dans l’exécution des Contributions Déterminées au niveau National (NDCs). Elle encourage les pays africains à rejoindre la Coalition pour les Partenariats Multiniveaux de Haute Ambition (CHAMP), lancée lors de la COP28, qui vise à renforcer la collaboration entre tous les niveaux de gouvernement pour une action climatique plus efficace. Cette intégration des villes dans les discussions climatiques représente une reconnaissance majeure de leur rôle stratégique dans l’adaptation et la résilience face au changement climatique. 

De plus, la présidence de la COP a acté pour l’organisation d’une Journée Climat dédiée aux villes, renforçant ainsi leur visibilité et leur rôle central dans la lutte contre le changement climatique. Ce nouveau focus sur les villes et territoires dans les négociations climatiques internationales marque un tournant décisif, en les positionnant non seulement comme bénéficiaires de politiques climatiques, mais également comme acteurs clés capables d’accélérer la mise en œuvre des objectifs climatiques mondiaux. Ces efforts démontrent un engagement fort des négociateurs africains à prendre en compte les réalités et les besoins des villes dans les cadres de décision, favorisant ainsi un développement urbain résilient et une meilleure mobilisation des financements climatiques au niveau local. 

Rencontres B2B et Initiatives 

  • Initiatives structurantes   

En marge de la réunion, les rencontres B2B ont été essentielles pour faire progresser l’agenda des collectivités territoriales. Elles ont mis en lumière plusieurs initiatives clés, telles que les Initiatives Africaines pour l’Adaptation au Changement Climatique (IAA), Building Climate Resilience for Urban Poor (BCRUP), AFDAN (Points Focaux pour le Développement Durable en Afrique) et la Coalition pour les Partenariats Multiniveaux de Haute Ambition (CHAMP). Ces échanges ont permis de clarifier les rôles de chaque partie prenante et d’établir un cadre collaboratif basé sur la complémentarité et le respect des prérogatives. En conséquence, ces rencontres ont permis de renforcer la collaboration et un consensus a été atteint pour accélérer la mise en œuvre de ces différentes initiatives. 

En parallèle, des discussions avec la Banque Africaine de Développement ont exploré les opportunités de financement pour soutenir l’initiative sur les déchets, y compris le BCRUP. Ces rencontres ont permis de consolider la collaboration, d’identifier des opportunités de soutien financier et de parvenir à un consensus pour accélérer la mise en œuvre des initiatives, renforçant ainsi le rôle des collectivités territoriales dans les efforts climatiques et environnementaux en Afrique. 

Réunion bilatérale avec M. le Directeur Général, AND de la Côte d’Ivoire : Programme Readiness UEMOA / BCRUP 

Des réunions de travail ont été organisées avec M. Yao Marcel, Directeur Général AND (Côte d’ivoire) concernant le Readiness Régional des pays de l’UEMOA, ainsi qu’avec le consultant retenu suite à l’appel d’offre pour la réalisation de l’étude « Analyse de vulnérabilité aux risques climatiques et de capacité sensible au genre en Côte d’Ivoire ». Les discussions ont principalement porté sur l’état d’avancement de l’étude sur le terrain dans les deux communes sélectionnées, où les travaux progressent de manière satisfaisante. Il a également été question de la commune de Daloa, proposée par l’AND et le consultant, pour abriter l’atelier de restitution. 

En outre, les échanges ont porté sur l’obtention de la non-objection pour le projet du programme Readiness de BCRUP, une étape cruciale pour le lancement des initiatives climatiques dans la région. Le Directeur du programme s’est montré particulièrement favorable, soulignant la priorité accordée à cette problématique en Côte d’Ivoire, où les besoins en renforcement de résilience climatique sont considérables. La non-objection est perçue comme un levier essentiel pour débloquer les financements nécessaires et accélérer la mise en œuvre des projets visant à renforcer la résilience des populations urbaines vulnérables face aux impacts du changement climatique.  

Organisation de l’Atelier sur « l’action transformatrice dans le secteur des déchets en Afrique » 

En marge des travaux de la 10ème réunion extraordinaire de la CMAE, un atelier, co-présidé par la CMAE et CGLU Afrique, a été organisé en collaboration avec Engineering X et les points focaux de plusieurs pays, dont le Maroc, l’Égypte, l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Togo, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, les Comores, et le Lesotho. L’objectif de cet atelier était de mobiliser ces pays à faire de la gestion des déchets une priorité centrale et à s’engager activement dans la feuille de route déjà établie, qui comporte des étapes clés pour atteindre les objectifs de l’Initiative visant l’élimination du brûlage des déchets à l’air libre d’ici 2040. Cette feuille de route, développée en partie grâce à l’appui d’Engineering X et de partenaires comme Practical Action, UN Habitat et ISWA, est soutenue par la Climate and Clean Air Coalition et inclut une étude de base, une cartographie des parties prenantes financières et des consultations régionales. 

Les discussions ont mis en avant l’importance de transformer les systèmes de gestion des déchets en Afrique en promouvant la circularité et en réduisant les émissions de méthane et de carbone noir associées au brûlage des déchets. L’atelier a également souligné l’urgente nécessité pour les pays africains de prendre des mesures politiques et législatives pour remédier aux carences systémiques de la gestion des déchets, conformément à la résolution de la CMAE adoptée en 2022 à Dakar. Cette résolution invite les États membres à promouvoir des systèmes intégrés de gestion des déchets solides et encourage la participation de tous les acteurs, y compris les autorités locales, la société civile, le secteur privé et les partenaires au développement, à rejoindre le partenariat multipartite lancé pour éliminer le brûlage des déchets. 

Une partie clé de l’atelier a consisté à identifier les pays qui pourraient devenir des champions de la mise en œuvre de la feuille de route régionale. En plus de renforcer les engagements nationaux, ces discussions visaient également à encourager les pays à s’investir davantage dans des initiatives pilotes, comme le projet de Kisumu au Kenya, qui testera des plans d’action transformatifs en 2025. Enfin, l’atelier a permis de préparer le terrain pour la finalisation de la feuille de route africaine qui sera soumise à la 20ème session de la CMAE pour approbation, tout en explorant les opportunités de financement avec des institutions comme la Banque Africaine de Développement pour soutenir ces initiatives cruciales.